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« Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue a l’occupation totale de la vie sociale. Non seulement notre rapport à la marchandise est visible, mais on ne voit plus que lui : le monde que l’on voit est son monde. » 
     — Guy Debord. La société du spectacle.

S’ingéniant à restituer des biens se consumant à la société de consommation, James Carl engendre des constats plastiques subtils et empreints d’humour qui se servent de matériaux parfois pauvres, sinon industriels ou même trouvés comme le carton ondulé, les appliquées de vinyle, les machines distributrices. Il infeste d’ironie des discours culturels accélérés où la décomposition a déjà pour ceux-ci quelque chose de traînant, de trop langoureux. On lui connaissait une critique du processus par lequel les rebuts corporatifs en viennent à joncher de façon concrète le paysage de la ville et de la banlieue. ll donnait une réplique au déchet par la représentation de son contenant dans les matériaux de son contenu habituel, par exemple : un conteneur à déchets fait de carton. Mais voici que l’artiste cherche à déloger ce qui est probablement antérieur à l’existence des objets de consommation, c’est à dire les idéologies requises pour les faire circuler, les vendre ou les manœuvrer. Ces mots d’ordre (logotypes, idéogrammes) se manifestent sous forme d’images. Elles sont facilement identifiables, simples, courantes, mais non moins insidieuses. Elles nous somment d’obéir à la fragilité, à la toxicité ou de boire tel produit, d’être dans le coup. Carl utilise leurs couleurs vives et leurs surfaces brillantes parce qu’il s’agit de leur nécessaire vitesse, leur obligatoire violence, parce que s’y trouve la clef d’une séduction immédiate. Il ne faut que penser au rouge des autos ou è tout ce qui doit s’expérimenter rapidement, s’expédier. En laissant place à ce qui est aussi leur lot, soit le séquentiel, la systématique, le tautologique, il est ici question d’inscrire è même la force de cette répétition une sorte d’affaiblissement par le moyen de la critique. Cette insurrection des images de marque ou simplement de celles qui régissent la manipulation des marchandises se produit sous la forme d’un déplacement de sens, d’une poussée extrême de la redondance vers son absurdité ou même sa poésie. Dans ce compost culturel, le cultuel, l’objet du culte (souvent médiatique) doit par définition être solide et sans faille, c’est à dire assez fort pour se démarquer dans l’effet zapping mais paradoxalement, doit être assez mobile, assez souple pour passer d’un état a un autre, pour pouvoir être recyclé. Irréductibles, les œuvres de James Carl se posent comme le négatif mordant, comme le nécessaire antidote à cet état désespérant des choses. Elles sont une sorte de luxe, de dislocation, d’effondrement et de triomphe de la lenteur au milieu de ce qui est rapide, qui cherche pourtant à rompre l’étanchéité d’un monde qui partage (dans sa conscience, dans sa géographie et dans la matière) ses déchets de ses biens.

Patrice Duhamel
 

 

Ayant séjourné en Chine, au Canada et aux États-Unis pour y poursuivre des études, James Carl réside maintenant à New York. On lui doit depuis le début des années 90, plusieurs expositions individuelles et collectives dans ces endroits mais aussi à Toronto et à Hanovre. L’exposition qu’il propose maintenant à Clark constitue une sorte de récidive, puisqu’il avait présenté en 1992 re-possession en ces mêmes lieux.

Galerie
  • JAMES CARL
ARTISTE EN RÉSIDENCE

ARTISTE EN RÉSIDENCE + EXPOSITION /
8 OCTOBRE AU 8 NOVEMBRE, 1998