• English
  • Français
  • GWENAËL BÉLANGER - BREAKDOWN
    GWENAËL BÉLANGER - BREAKDOWN
 

Pensée comme une suite au projet photographique 100, rue Blainville Ouest (2009), Breakdown (2008-2013), œuvre récente de Gwenaël Bélanger, est un court métrage d’animation 3D présentant dans un long plan séquence la même maison en chute libre, se désagrégeant tout au long d’un parcours dont l’issue nous est épargnée. Expérimentant depuis 2003 avec, entre autres, les paramètres de la gravité pour mettre en question le statut de l’image – son rapport au temps, au mouvement, à la narration, au hors-champ, etc., Bélanger use ici de fragmentation pour parler plus directement de construction de l’image, ainsi que du rapport que cette dernière entretient avec le réel – la modélisation et l’animation 3D étant des processus lourds et exigeants consistant à produire, le plus fidèlement possible, des situations crédibles. Alors que la vidéo et la photographie sont des outils de captation du réel, le médium choisi ici par l’artiste n’entretient qu’un rapport de correspondance avec l’univers qu’il tente d’évoquer en le créant de toutes pièces. Techniques employées davantage dans le domaine de la publicité etdu cinéma, la modélisation et l’animation 3D, bienqu’elles servent ici à créer une image forte attisant l’imaginaire en titillant notre faculté d’anticipation, se voient détournées de leur visée spectaculaire puisque le climax de la scène, véritable apothéose de la séquence, est continuellement différé. En effet, contrairement à l’œuvre Le Tournis (2008), où la chute silencieuse des miroirs nous amenait à imaginer l’impact, causant une véritable explosion de l’image dans un tintamarre sonore, Breakdown nous fait entendre le moment du plongeon, caractérisé par la friction de l’air provoquant la déconstruction progressive de l’habitation, qui disparaît sans jamais atteindre le sol.
 

Nous ayant habitués à des séries photographiques ou à des vidéos où l’événement capté, bien que paraissant improbable, avait bel et bien eu lieu – je pense notamment ici à l’œuvre Le Grand Fatras (2005), où ce qui pourrait passer pour le contenu d’un appartement (sécheuse, piano, bicyclette, fauteuil) tombait littéralement du ciel, l’artiste joue ici avec la crédulité du spectateur, qui pendant un instant se laisse prendre au jeu et s’interroge sur la réalité de la scène présentée : une maison en chute libre, traversant un ciel bleu pendant une journée calme et ensoleillée, alors qu’il faudrait une véritable tempête, voire une tornade dévastatrice telle que celle qui sert d’ouverture au Magicien d’Oz, pour que cette situation puisse être advenue. Si le lent effeuillage de l’image reste plausible, c’est qu’un véritable scénario articulant le déroulement de la désagrégation à partir des possibles effets d’entraînement qui pourraient mener d’une étape à l’autre a été méticuleusement écrit. De nombreuses recherches, incluant le visionnement de vidéos sur des expériences de vol plané, ont été nécessaires pour pouvoir imaginer la manière dont une masse aussi importante qu’une maison pourrait réagir et se mouvoir dans l’air pendant sa chute. Puisqu’il est impossible de vérifier réellement le comportement de l’objet dans ces circonstances, le caractère vraisemblable du court métrage ne repose que sur la faculté de projection de l’artiste. Et le résultat est crédible. En faisant appel aux techniques de modélisation et d’animation 3D, Bélanger joue ainsi avec l’idée que la ligne entre réalité et fiction est parfois si mince que dans une publicité ou dans un film qui en fait usage, on se fait sûrement avoir sans jamais découvrir le pot aux roses.

Anne Marie St-Jean Aubre


 

Gwenaël Bélanger tient à remercier toute l’équipe de Couleur.tv, en particulier Jean-François Gauthier et Francis Gélinas, le Conseil des arts et lettres du Québec, Geneviève Matteau, Stéphane Beaudet et toute l’équipe de Clark.

Salle 2
  • GWENAËL BÉLANGER
BREAKDOWN

EXPOSITION /
14 MARS AU 20 AVRIL, 2013