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    NORTON MAZA | ÉTUDE POUR LA SYMPHONIE DU POUVOIR ÉTERNEL
 

Dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal, le Centre Clark présente le travail du Chilien Norton Maza. On connaît davantage Maza comme sculpteur, par des oeuvres se rapprochant de l'installation comme ses Territory entre autres, espaces construits où l'artiste recréait des sortes d'appartements, des lofts aux allures fonctionnelles, assemblés de bric et de broc, constitués de déchets, de pneus, de cartons et de planches diverses. Ceux qui ont vu son travail à la 3e Manif d'art de Québec en 2005 se souviennent de cette chambre à coucher aussi précaire qu'ingénieuse, examinant, par l'accumulation de déchets, l'état du monde, ses schèmes de consommation, de mondialisation et les enjeux sociopolitiques qui y sont intrinsèquement liés. 

Norton Maza revient au Québec cette fois-ci avec un projet photographique où ses assemblages, ses décors ont pris la forme de maquettes. Il ne s'agit plus de scènes domestiques mais plutôt de mises en scène de jouets et autres petits objets photographiés, qui seront présentés dans de lourds cadres dorés sur les chics cimaises du petit musée que sera devenu Clark pour la durée de l'exposition. Ces huit propositions photographiques se présentent comme autant de mini théâtres apocalyptiques où s'entremêlent et s'entretuent des figurines politiques et religieuses de tous formats, sans retenue aucune, sous les foudres sacrées qui pourfendent les nuages de mousse isolante et de carton accrochés çà et là. Ici, devant les paysages gris et fumants qui couvrent le fond, les églises brûlent, la papemobile est renversée, les évêques semblent fuir, des cochonnets se partagent le champ de bataille avec des robots, des chevaliers, des vieux chars en flammes et autres cadavres bricolés. 

Maza explore dans cette œuvre, et ce, avec un cynisme indéniable, les différentes déclinaisons du pouvoir et la mise en échec de son imputabilité par les nombreuses stratégies d'accumulation qu'on lui connaît. Dans Étude pour la symphonie du pouvoir éternel, tout se joue dans une addition d'allusions brutes, dans un entrecroisement de codes et d'éléments sémiotiques empruntés à différentes structures hégémoniques, à différentes temporalités. Ces saynètes pastichent quelques grands classiques de l'histoire de l'art que l'on a vus, revus et digérés depuis longtemps. La laitière de Vermeer ou la Cène de Véronèse par exemple ont droit à leur lot d'animaux égorgés, de militaires en burqa, de bouteilles de Coca-Cola, de rassemblements débridés et de dizaines d'autres de ces curieuses associations. Cet écho volontaire à l'histoire de l'art ne va pas sans rappeler le pouvoir de l'image, son utilisation dans l'histoire tout comme dans nos sociétés actuelles. Les anachronismes ici sont nombreux, amusent et se font constructeurs de sens. Ils participent de ce chaos, chaos d'autant plus destructeur qu'il se présente plus implicite que les foules en désordre que l'on voit dans ces photographies. Il s'agit du pouvoir infiltrant, celui qui rend la catastrophe silencieuse, assourdie par le poids des mœurs et des années, cette même catastrophe que l'on fait souvent taire au musée.

C'est avec beaucoup d'humour, dans un incroyable bordel, que Norton Maza nous offre ce commentaire aux allures de fin du monde, symphonie ludique et tragique interprétée par quelques anges de plastique.
 

Y.P.
Galerie
  • NORTON MAZA
ÉTUDE POUR LA SYMPHONIE DU POUVOIR ÉTERNEL

EXPOSITION /
30 AOÛT AU 6 OCTOBRE, 2007