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  • PIERRE BOURGAULT | JENESAISPASVRAIMENTOUJEVAISMAISJEMENVAIS
    PIERRE BOURGAULT | JENESAISPASVRAIMENTOUJEVAISMAISJEMENVAIS
 

Paradoxalement, l’expérience dans un lieu géographique commun fut abordée ici dans une perspective de l’intime en vue d’un projet d’exposition qui serait réalisé pour un lieu envisagé comme privé mais qui, réellement, est programmé dans une perspective sociale.

Cette première partie du projet organisait une expérience comme une fuite effrénée au-delà d’un espace statique, avec un réconfort figé où on pouvait retrouver une certaine expérience du vertige, de l’intérêt instinctif de l’inconnu, et ce, en organisant un voyage comme une migration perpétuelle et à tous risques faisant apparaître des dangers, tels celui de la possibilité de s’imploser dans l’infini, celui de voir disparaître ses repères culturels ou encore, celui d’une amnésie historique.  Foncer en avant pour le seul plaisir de sentir la vitesse avec le vent qui lisse la peau.  Partout dans cette réalisation, ce vertige est présent et dessine cette migration nerveuse en subjuguant constamment les repères du réel et de l’irréel.

Perceptions mécaniques et déroutantes

Jenesaispasvraimentoujevaismaisjemenvais (2011) Déjà, ce titre qui se lit d’un souffle, d’un seul coup sans s’arrêter, contient son erre d’aller. Porteur de dérives et ouvrant sur un ailleurs, il rassemble des idées chères à Pierre Bourgault, artiste québécois bien connu notamment pour ses sculptures d’art public reprenant en trois dimensions les motifs de jeux de ficelle inuits. Depuis plusieurs années maintenant, Bourgault puise à même son bagage de navigateur pour créer des œuvres qui traduisent son rapport à l’espace et au temps par l’entremise de systèmes qui sont autant de langages inventés par l’être humain pour comprendre, contrôler et baliser son environnement. Après des dessins éphémères sur l’eau rendant visible l’effet de courants marins, des traductions de trajets nautiques en dessins faussement abstraits où la ligne apparaît chargée d’une signification qui la tire hors d’elle-même, des tours de sel disparaissant sous l’action des éléments, des œuvres sculpturales jouant sur la proxémique, c’est-à-dire la manière dont l’être humain utilise l’espace, et des univers sonores évoquant l’idée d’écholocation, cette œuvre inédite de Bourgault, à la jonction de plusieurs de ces enjeux, propose de réfléchir de façon poétique à la capacité d’adaptation de l’individu à un nouveau milieu de vie.

Composée de centaines de dessins tapissant tous les murs de la grande galerie, d’une nacelle suspendue au-dessus d’un plan d’eau et d’une trame sonore mystérieusement poétique, l’œuvre inédite présentée à CLARK prend l’allure d’une installation promettant une expérience à vivre, et non seulement à regarder. En effet, si le spectateur pourra s’approcher des images cartographiques épinglées au mur pour tenter d’en saisir la logique, il devra littéralement se jeter à l’eau pour accéder à l’intérieur de la nacelle, qui n’accueillera qu’un visiteur à la fois. Entre le sous-marin et le zeppelin modèle réduit, l’habitacle moulé en fibre de verre, d’une couleur vert tendre, paraît hésiter dans sa fonction – à la fois retraite, cocon, mais également capsule de survie protectrice, il n’est adapté que pour un séjour temporaire. Muni d’un appareil diffusant un gazouillis nous parvenant à travers un filtre sonore brumeux, l’embarcation réserve à quiconque y pénétrera une sensation déroutante, désorientant les sens le temps d’une poussée. Sans gouvernail, elle ne pourra que susciter la rêverie et l’errance, que l’écho, le roulis et le dédoublement spéculaire de la coquille sur l’eau viendront renforcer.

Salle 1
  • PIERRE BOURGAULT
JENESAISPASVRAIMENTOUJEVAISMAISJEMENVAIS

EXPOSITION /
19 JANVIER AU 25 FÉVRIER, 2012