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  • MARTIN LORD | PERO, YO CREO QUE SI !
    MARTIN LORD | PERO, YO CREO QUE SI !
 

La petite salle du Centre CLARK accueille pour sa part la plus grande installation de dessins produite à ce jour par l’artiste Martin Lord, qui pousse ici davantage le rapport entre dessin et scénographie exploré notamment lors de son exposition au centre AXENÉO7 à l’automne 2011. Intitulée Pero, yo creo quesi! [ Mais je crois que c’est vrai ! ], 2013, l’installation, composée d’une vidéo et d’une vingtaine de dessins majoritairement au graphite, mise sur les idées de tromperie, d’illusion et de jeux de perception qui marquent les univers propres aux personnages du magicien et du voleur à la tire, mieux connu sous le nom de pickpocket. Les mains gantées et les regards aux aguets se multiplient ainsi dans ces images mettant en scène une narration libre sur fond de ces deux professions nécessitant une dextérité extrême. Un lien entre ces dernières et le cinéma et ses techniques d’illusion, visant le même objectif puisqu’il s’agit ici aussi de faire croire à un événement a priori improbable, est proposé par l’ajout au corpus de dessins présentés de l’œuvre vidéo La chaise d’Houdini, 2013, où une réplique miniature de la chaise employée par le célèbre personnage se déplace d’elle-même, magiquement, dans un espace domestique esquissé au crayon. Une teneur mystique transpire également des compositions où le travail de la ligne évoque des effets de rayonnement ou de circulation d’énergie qui contribuent à donner un côté occulte à l’ensemble. Pourtant, les dessins rappellent également le pictogramme didactique, le dessin technique, le plan ou la maquette architecturale à l’esthétique tout ce qu’il y a de plus terre à terre. Bien que leur facture soit réaliste, de petits détails ayant à trait à la perspective, ou à l’échelle, faussent l’effet d’ensemble et révèlent ainsi le leurre, rabattant du même coup l’espace tridimensionnel représenté sur le plan bidimensionnel du dessin. La technique, le faire, participent ainsi du contenu de l’œuvre, et provoquent une réflexion sur le moment de désaisissement du regard lorsque le pacte de croyance maintenant l’illusion est rompu. 

Disposées dans l’espace sur une structure suspendue rappelant la forme d’un losange, les œuvres exposées se répondent afin non pas d’illustrer une histoire qui aurait été construite en amont mais plutôt de circonscrire un événement, sans jamais que l’on sache trop ce qui vient avant ou après dans le déroulement des actions. L’emploi de mots, dont le rendu en font des dessins à regarder au même titre que les autres, contribue à accentuer l’impression qu’il faut chercher à lire la série en tant que récit. Ces dessins en particulier – représentant des mots –, à cause de leur valeur sémantique, devraient orienter la compréhension d’ensemble du projet mais ils ne se révèlent qu’une porte d’entrée dans l’œuvre parmi d’autres, n’étant pas dans un rapport d’explication ou d’illustration avec les images. La structure, dirigeant le parcours, propose bien sûr un ordre de lecture, tout en offrant des percées qui ouvrent sur des espaces et encadrent le regard, mais bien malin celui qui saura réellement saisir le nœud de l’histoire, qui reste en suspens, les images et les mots dessinés ne faisant qu’effleurer le propos, tournant autour du récit sans jamais s’y engager de front.

Anne-Marie St-Jean Aubre

Martin Lord tient à remercier le Conseil des arts du Canada. 

Salle 2
  • MARTIN LORD
PERO, YO CREO QUE SI !

EXPOSITION /
9 MAI AU 15 JUIN, 2013

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI 11 MAI, 2013