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  • Se retrouver dans un bain chaud (Togetherness in a warmtub) (extrait de la vidéoprojection), 2019, assemblage de diverses captures d’écran, durées et dimensions variables.
    Se retrouver dans un bain chaud (Togetherness in a warmtub) (extrait de la vidéoprojection), 2019, assemblage de diverses captures d’écran, durées et dimensions variables.
 

 

En géologie, un pluton est un type de roche formée par la cristallisation de magma retenu en profondeur sous les croûtes terrestres ou océaniques.

Le magma est une image féconde pour cerner le travail de Carolyne Scenna. Il décrit ce flux d’idées et de référents qui s’entremêlent au contact de ses œuvres. Plus encore, il illustre le fonctionnement par réseaux et par associations libres au cœur de sa démarche célébrant l’ambigüe, l’imprévisible et le paradoxal.

Pour Pluton, Scenna puise indistinctement à même ses archives personnelles, la culture populaire, les codes du Web, l’univers de l’adolescence et l’expérience de la ville. À partir du titre de l’exposition jusqu’aux motifs qu’elle choisit (que ce soit le serpent, le volcan ou le mur de briques), chaque élément de l’ensemble lui permet d’explorer la polysémie des images précisément en résistant à leur fixité. Il s’agit d’une cartographie sans cesse mouvante, et qui surtout, s’applique à demeurer ouverte puisqu’elle est perpétuellement en devenir. Si bien que, même la présente proposition contient déjà ses propres réemplois potentiels — et à rebours, elle porte les vestiges d’expositions antérieures : œuvres préexistantes, matériaux recyclés, vues des maquettes et du processus de création.

Tout comme le serpent à deux têtes qui peuple le vocabulaire visuel de Scenna, le fil qui relie ses œuvres n’a ni début ni fin. C’est un indécidable souhaité. Magnifié.

Dès le seuil de la petite galerie, nous sommes plongés-ées dans un étrange espace qui reconduit cet indécidable à une échelle matérielle et sonore. Suspendue dans un espace-temps imprécis, l’installation immersive s’apparente à une grotte ou à un repère clandestin dans lequel nous sommes invités-ées à nous arrêter et à nous poser.

Les planchers recouverts d’un revêtement textile ont absorbé les coulisses de peinture courant le long des murs. Tout autour, les parois de la salle ont été aspergées d’un mélange soluble de gouache artisanale à l’aide d’un extincteur. Se détachent de l’arrière-plan des motifs en replis sinueux inspirés des politiques d’embellissement urbaines visant à lutter contre les graffitis jugés indésirables. Une fois de plus, Scenna joue sur la notion d’ambigüité : ce repentir, dont la fonction première serait de dissimuler, est ici plutôt exalté pour ses qualités formelles intrinsèques.

Au fond de la pièce une cimaise temporaire accueille une projection vidéo low-tech obtenue par la numérisation et l’animation en capture d’écran de diverses sources : photographies 35 mm, dessins et captations en direct du traitement de ces images, ensuite juxtaposées et superposées. Ce montage est présenté en désynchronisation, c’est-à-dire sans concordance préétablie, avec l’ambiance sonore qui enveloppe l’installation. La voix qui ponctue la trame musicale profère une narration inspirée des audioguides muséaux, mais dont le texte — un assemblage de notes personnelles et d’extraits trouvés — nierait toute fonction pédagogique claire, avivant par le fait même les incertitudes et décalages mis en scène dans Pluton.

 

Carolyne Scenna détient une maîtrise en Arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (2017). Son œuvre prend diverses formes, elle se matérialise en photographies, en vidéos lo-fi, en installations et en divers objets. Avec son collectif Les Sabines, elle investit le fanzine, dont on compte à ce jour neuf titres publiés, la performance multimédia (« La vie en reel », diverses occurrences depuis 2013) et, depuis peu, l’intervention dans l’espace public. Ses œuvres ont été présentées à la galerie Les Territoires (forced air : les ventilateurs, 2015), à la Parisian Laundry (Collision 12, 2016), et à la Galerie de l’UQAM (Je suis la pire à ce que je fais le mieux et pour don je me sens bénie, 2017). En 2021, elle exposera le projet Le phénomène du dortoir (en collaboration avec Isabelle Guimond) au centre SKOL. Elle vit et travaille à Montréal.

Remerciements : 
​Atelier Clark + Centre Clark, Sophie Desmarais, Isabelle Guimond, Vincent Lafrance, Simon Trottier, Joël Vaudreuil, Maxime Veilleux. 

Salle 2
  • Carolyne Scenna
PLUTON

EXPOSITION /
28 FÉVRIER AU 6 AVRIL 2019

VERNISSAGE /
JEUDI 28 FÉVRIER, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI, 2 MARS, 15H