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  • Celia Perrin Sidarous, Pores (détail), 2019. Permission de l’artiste et Parisian Laundry.
    Celia Perrin Sidarous, Pores (détail), 2019. Permission de l’artiste et Parisian Laundry.
 

Un grand vase reposait sur un manteau de cheminée, avec une longue tige de vipérine commune et un éventail déployé. Les objets semblaient dormir. Ils émettaient un certain signal. S’il n’est pas sonore, quel genre de signal pourrait-ce être? Celia observait depuis son lit, sans toucher les objets, bien que le toucher fut implicite. Plus elle était immobile, plus une sensation particulière irradiait. Songeant à ce frisson, Celia s’est dit : « Il doit y avoir un moyen d’expliquer la manifestation visuelle de la désambiguïsation. »

En Italie, Celia Perrin Sidarous a dormi et travaillé, et tout ce qu’elle a pu y fabriquer en argile est rentré quelque peu abîmé. Enveloppés dans son bagage à main, il y avait :

1 – Un vase avec des « épaules »
2 – Un tesson en forme de vague ondulante
3 – Des formes en argile, prêtes à être émaillées dans une palette de sable rose et de lime, de « raku » japonais et de « tache d’huile » arc-en-ciel — des couleurs minérales que l’on pourrait apercevoir le long de la Grande Muraille de Chine ou dans les déserts de l’Arizona

Récemment, son travail avait commencé à traiter davantage de voyages. Et des origines de la fabrication, de l’impossibilité de faire du neuf (rien ne peut vraiment l’être), prêtant attention aux surfaces de l’argile, du papier, de la silice et de la matière en décomposition — secouer les sédiments afin de renouveler l’importance des choses du passé. La terre et ses espaces ont le pouvoir de retenir et de transporter des échos sonores, la sueur et le souffle humains. Combien d’histoire avait pu traverser cette motte d’argile? Si sa surface devient porcelaine, contiendra-t-elle mieux l’histoire? Le gradient de porosité des sentiments intangibles est-il plus élevé en faïence ou en simple verre? À moitié retenu par la grille d’un quodlibet du 16e siècle (un dispositif de nature morte autrefois employé par les peintres), un arrangement composé d’orchidées mourantes, d’une pierre en forme d’apostrophe, de limes, d’artichauts, de matériel imprimé provenant de plusieurs époques (surtout des années 1970) et de la poterie allemande émaillée avec de l’encre de calmar. Débordant dans la pièce, des objets similaires étaient visibles sur une impression grand format en noir et blanc. Quel récit, quelle mémoire ou quelle sensation pourrait-on tasser dans ces minuscules pores et emporter avec soi?

L’étiquette de provenance pour la tombe no 49 du musée de Santa Giulia à Brescia, en Italie, se lisait comme un conte de fées. Ou comme une marche à suivre pour faire ses bagages en vue d’un voyage vers l’Immortalité, dans l’optique où l’on pourrait y arriver intact :

Incinération « indirecte » dans la tombe
Seconde moitié du 1er siècle av. J.-C.

Le repas funèbre offert à la jeune personne défunte (12/13-21 ans) comprenait de petits oiseaux et un abricot ou une prune.

1 – Jarre, petite amphore et jarre avec ornement empreint en argile
2 – Assiettes « vernice nera » et gobelet à parois minces brûlés sur un bûcher
3 – Pièce (as, 2e siècle av. J.-C.), broche en fer, hache rituelle en fer

L’idée était qu’au long de la route incertaine vers l’au-delà, le défunt pourrait avoir besoin de certaines choses essentielles : un repas, un peu d’argent et une arme.

Bien que PORES ne soit pas un arrangement funèbre et que les descriptions archéologiques soient suspectes, son rapport sur l’état de conservation pourrait indiquer : L’historicité de ces pièces suggère que certaines vies ne laisseront à peu près aucune trace. Toutefois, la partition de cette vie et de ce lieu est retenue fermement par cette atmosphère.
 

- Alisha Piercy (traduit par Simon M. Benedict)


* Les italiques dans le texte désignent les pensées imaginées de l’artiste ou des extraits de conversations entre l’artiste et l’auteur, sauf dans le cas de l’étiquette de provenance pour la tombe no 49 (seconde moitié du 1er siècle av. J.-C.).


Celia Perrin Sidarous détient une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia à Montréal, avec une concentration en photographie. Son travail a été présenté dans le contexte d’expositions individuelles et collectives à 8-11 (Toronto), Arsenal Contemporary (New York), Esker Foundation (Calgary), Campbell House Museum (Toronto), la Dunlop Art Gallery (Regina), The Banff Centre (Banff), WWTWO (Montréal), VU (Québec) et Gallery 44 (Toronto). Son travail a fait partie de la Biennale de Montréal 2016 – Le Grand Balcon. Elle est récipiendaire du Prix Pierre-Ayot 2017 ainsi que de la bourse Barbara Spohr Memorial Award 2011. Ses oeuvres font partie de nombreuses collections publiques et privées, dont les collections du AGO – Art Gallery of Ontario et du Musée d’art contemporain de Montréal. Elle est représentée par Parisian Laundry à Montréal, où elle vit et travaille. 

L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada de son soutien, ainsi que Milieux Institute, Post Image Cluster + le collectif Outre-vie/Afterlife. L’artiste remercie également Dale + Nick Tedeschi et Parisian Laundry, ainsi que Sara A. Tremblay, l’Atelier CLARK, Marie Côté, Giuliana Geronazzo, Pascale Girardin, Paul Hardy, Palazzo Monti et Clara Touchette Lacasse. 

Salle 2
  • Celia Perrin Sidarous
PORES

EXPOSITION /
10 JANVIER AU 16 FÉVRIER, 2019

VERNISSAGE /
JEUDI 10 JANVIER, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI 12 JANVIER, 15H