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    Lewis & Taggart: Crack, break, broken (2018)
 

À sa source, le travail sculptural de Lewis & Taggart correspond à des moments d’heureux hasards. Les artistes canalisent les récits générés par des coïncidences subtiles et ils amplifient toute l’éloquence de la contingence. Ces accidents mobilisateurs ne sont pas pigés aléatoirement à partir des multiples rencontres fortuites ou étranges qui surviennent en marge de la réalité quotidienne, mais sont plutôt filtrés à travers un cadre rigoureux de propriétés requises — un cadre qui n’est pas tant complexe qu’il est dynamique.

Lewis & Taggart se penchent sur une matière fonctionnelle, mais transitoire. Leur travail est souvent déclenché par de petits objets éphémères qui se déplacent dans le monde par le biais de réseaux d’échange et de commerce énigmatiques qui échappent à l’observation. Comme des oiseaux migratoires, ces objets imprimés et ces dispositifs remplaçables voyagent souvent sur de grandes distances sans que nous le réalisions afin de remplir leur fonction initiale. Parfois, ces articles finissent en entreposage ou parmi d’autres collections de manière accidentelle, ou alors les artistes les saisissent juste avant qu’on ne les jette. Surgissant par chance, ils s’introduisent dans l’archive des artistes et deviennent des impulsions en attente d’expression.

Afin d’être utiles au travail de Lewis & Taggart et de s’affranchir de leur fonction première, ces objets doivent fonctionner sur deux niveaux de sens. Leur design doit avoir des qualités formelles qui correspondent à un certain langage géométrique et abstrait, et leur émergence du système économique discret où ils circulaient doit se produire de manière captivante et inattendue. Pensons notamment à un ensemble assorti de cartes de triage postal laissées par erreur dans la boîte à lettres des artistes, ou encore, aux frettes d’une guitare fracassée trouvées dans un parc d’Helsinki.

Les œuvres du duo emploient souvent des objets venant en double ou en paires. Ainsi, Lewis & Taggart bâtissent autour des matériaux qu’ils découvrent en leur attribuant des questions ayant trait à la dualité : comment être semblables et différents; comment demeurer tel quel tout en changeant; comment être à la fois une chose et une autre chose? En employant des méthodes d’association et des jeux de mots — parfois drôles, parfois sincères —, les artistes usent de stratégies leur permettant d’équilibrer les tensions engendrées par ces questions et leurs implications. S’il y a flottement, alors la gravité. S’il y a évidence, alors le détournement. S’il y a désir, alors l’échec. Ces éléments divergents s’harmonisent et rivalisent les uns avec les autres, sans jamais parvenir à une résolution.

Au fur et à mesure que les objets s’approchent de leur expression en tant qu’œuvres d’art, l’énergie générée par les qualités variables de tension formelle et narrative est transformée symboliquement en un potentiel architectural qui se manifeste sous forme de sculpture. Chaque œuvre dans Sculpture from the Block est un exploit de pluralisme coordonné, la convergence d’un moment d’équilibre. Autrefois canalisées vers un état d’immobilité complexe, les tensions multiples des œuvres continuent d’être activées par leurs propres conversations internes, évoluant ultimement vers un paradigme stable de fluidité.

- Mark Mann (traduit par Simon M. Benedict)


Andrew Taggart et Chloe Lewis collaborent dans le cadre du duo artistique Lewis & Taggart depuis 2006. En 2010, ils ont obtenu une maîtrise en beaux-arts conjointe de la Bergen Academy of Art and Design, en Norvège. Depuis, leur travail a été exposé dans des lieux tels que le Hamburger Bahnhof à Berlin, le Syntax à Lisbonne, The Drawing Center of Norway à Oslo, l’Entrée à Bergen, l’ISCP à New York, The Center for Contemporary Art à Varsovie et le Kunstverein Leipzig en Allemagne. Ils sont récipiendaires de plusieurs prix et ont participé à plusieurs résidences, dont la Künstlerhaus Bethanien International Artist Residency à Berlin — celle-ci leur ayant été offerte par le Conseil des arts du Canada en 2016. Parallèlement à leur pratique d’atelier, Lewis & Taggart dirigent le Museum of Longing and Failure (MOLAF), une entité de collections qui prend forme par l’entremise de conversations sculpturales exercées en continu avec d’autres artistes et collectifs.

Les artistes tiennent à remercier Natacha Chamko, Yan Giguère, et Peter King.

Salle 2
  • LEWIS &
  • TAGGART
Sculpture from the Block

EXPOSITION /
25 OCTOBRE AU 1ER DÉCEMBRE, 2018

VERNISSAGE /
JEUDI 25 OCTOBRE, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI, 27 OCTOBRE, 15H