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  • Kapwani Kiwanga, Strata (Technicolor), 2016. Vidéo couleur et son. Gracieuseté de l’artiste, Galerie Tanja Wagner, Berlin.
    Kapwani Kiwanga, Strata (Technicolor), 2016. Vidéo couleur et son. Gracieuseté de l’artiste, Galerie Tanja Wagner, Berlin.
 

NOTE: Cette traduction du texte original en langue anglaise emploie une approche grammaticale inclusive proposée par l’artiste, et basée sur un billet publié sur le blogue « Unique en son genre ».
 

Bien que ses fictions spéculatives soient souvent futuristes, Kapwani Kiwanga est néanmoins préoccupée par le passé. Née à Hamilton et basée à Paris, l’artiste a une pratique qui se définit à travers ses recherches en histoire, en anthropologie (un sujet qu’elle a étudié à l’Université McGill), et en mythologie. Elle tisse habilement la vérité et la fiction afin de créer des récits qui se déploient souvent à partir de perspectives multiples.

Avec son ascendance multiculturelle et son histoire transnationale, il n’est pas étonnant que Kapwani Kiwanga aborde des questions en trait à la géographie. À l’occasion de sa première exposition individuelle à Montréal, au Centre CLARK, elle présente une installation multi-canaux intitulée Strata (Technicolor) (2016). Trois grandes projections d’images diapositives – un gâteau, un fossile et un stylo posé contre une formation rocheuse – offrent une parfaite introduction, mise en contexte par la projection vidéo. Cependant, on pourrait également dire que ce sont les images fixes qui offrent le contexte, puisque la vidéo est dans l’ensemble presque complètement sombre. Structuré comme une pièce de théâtre divisée en actes et en scènes, ce récit guidé par une voix féminine (celle de l’artiste) est axé autour de quatre personnages principaux : li Géologue à la recherche d’un présumé tunnel sous-marin reliant les continents européen et africain, dans le détroit de Gibraltar; li Boulangér minutieuxe et précixe dans sa confection d’un délicieux gâteau à étages; li Marin, qui songe aux mythes et aux légendes de ceuxes qui ont navigué sur ces mers; et enfin, le Fossile orphelin qui se demande d’où il vient. Dans le récit, ces quatre protagonistes évoluent comme des plaques tectoniques, indépendanx tout en se déplaçant de manière contiguë – se rapprochant ou s’éloignant. Ce quatuor est néanmoins uni par un intérêt partagé pour la façon dont les choses en viennent à s’influencer mutuellement, et pour l’alchimie : l’air qui change la pâte en gâteau moelleux, le temps qui transforme graduellement le coquillage fossilisé d’une créature marine éteinte en pierre luminescente éclairant un passage souterrain entre l’Espagne et le Maroc, ou alors les légendes des sorciérs d’eau, qui ont le pouvoir d’influencer les vents et les mers.

Dans la dernière partie de la vidéo, des lumières scintillantes multicolores semblent révéler des images de stalactites et de stalagmites captées dans une caverne au Gibraltar – transportant les spectateuxe vers cet « afrotunnel » hypothétique, que li Géologue de l’histoire ne trouve jamais. La trajectoire narrative de Kiwanga, qui réunit des éléments factuels et fictifs, met en relation les diverses manières dont notre Histoire a été inscrite à même notre paysage, qui à son tour se manifeste à travers nos histoires. Elle nous montre les changements – littéraux et métaphoriques – géotemporels et géospatiaux en cours. Et quoi de mieux que cette métaphore du Fossile orphelin, une trace tangible d’une possible « étreinte continentale ».

- Anaïs Castro (traduit par Simon M. Benedict)


Née à Hamilton, Canada. Vit et travaille à Paris.

Le travail de Kapwani Kiwanga se manifeste souvent sous forme d’installations, d’œuvres sonores, de vidéos, et de performances. Elle confond délibérément la vérité et la fiction, afin d’ébranler les récits hégémoniques et de créer des espaces où les discours marginaux peuvent s’épanouir. Issue d’une formation en anthropologie et en sciences sociales, elle adopte le rôle de chercheuse dans ses projets. Elle emploie une méthodologie où elle façonne des systèmes et établit des protocoles qui s’apparentent à l’expérimentation scientifique, afin de définir des optiques à travers lesquelles nous pouvons observer la culture et sa propension typique à la mutation. Les récits spéculatifs, les luttes et la mémoire anticolonialistes, les systèmes de croyances, et la culture vernaculaire et populaire ne sont que quelques-uns des domaines de recherche qui influencent sa pratique.

L’artiste aimerait remercier le Centre national des arts plastiques (CNAP) pour leur soutien à la recherche.

Salle 1
  • Kapwani Kiwanga
Strata

EXPOSITION /
11 JANVIER AU 17 FÉVRIER 2018

VERNISSAGE /
JEUDI 11 JANVIER, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI, 13 JANVIER, 15H