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    Trevor Gould
 

Il serait possible de visiter la salle d’exposition, de faire le tour de l’imposante sculpture à l’échelle réelle du buffle d’Afrique installée au centre de la pièce, de regarder les aquarelles le représentant et de comprendre que l’animal est bel et bien mort. Point final. Mais cette description est beaucoup trop simpliste pour saisir Talking to Death : An Allegory for a Sculpture de Trevor Gould. Depuis plusieurs années, l’artiste est fasciné par la fresque Apollo et les continents de Tiepolo (1752-1753). Dans cette œuvre historique tout comme dans celle présentée à CLARK, on retrouve une référence au mythe grec d’Europe dont le nom fût utilisé pour nommer le continent que nous connaissons aujourd’hui[1]. De ce mythe est née l’ambition de peupler d’autres territoires puisqu’« en souvenir de celle qui, de sa lointaine Phénicie, avait bien voulu se rapprocher d’un monde inconnu, les Anciens accordèrent le nom d’“Europe” à une des quatre parties du monde, tandis qu’ils lui élevaient un culte, et que ses frères partis à sa recherche fondaient des colonies.[2] » De la colonisation découlent autant l’exploitation et la domination d’un territoire que la mise en place d’inégalités entre les colons et les autochtones issus de ce territoire. Ayant vu le jour en Afrique du Sud, Gould parle aussi bien de ce qui a été et est vécu dans son pays que de ce qui se passe ici et sur l’ensemble des territoires marqués par toute forme de suprématies (économique, sociale, militaire, culturelle, etc.).

 

Sur un des murs, on peut lire l’inscription « Talking to Death ». Parler à la mort, c’est y être confronté. Combien de morts y a-t-il eu au fil des siècles, combien de peuples ont été décimés, relocalisés, opprimés, invités à se taire? Le buffle couché sur son flanc, immobile, symbolise autant la mort des peuples qui ont subi et subissent encore les effets du colonialisme que le sort réservé aux animaux. Dans le cas plus précis de l’Afrique, il est question de la chasse en tant que sport que pratique une infime partie de la population mondiale. Fiers de leur trophée, ces gens riches tuent non pour survivre, mais pour imposer leur statut social à la face du monde. Les nombreuses images circulant sur Internet témoignent de cette pratique ostentatoire. Cela reflète la décadence et l’indécence des systèmes mis en place pour dominer les plus faibles. Gould pose ainsi un regard pessimiste sur le monde d’hier et d’aujourd’hui.

 

[1] L’essentiel de l’histoire est que Zeus, alors métamorphosé en un bœuf blanc aux cornes dorées, a séduit la princesse et l’a conduite vers une autre ville.

[2] Joël Schmidt, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Larousse, 1991, p.122.

Trevor Gould est natif de Johannesburg en Afrique du Sud. Il vit et travaille à Montréal où il a été professeur de sculpture à l’Université Concordia de 1989 à 2017. En 2003, il a été Stiftungs Professor à la Hochschule für Gestaltung d’Offenbach am Main en Allemagne. L’artiste détient un diplôme d’enseignement en art du Johannesburg College of Art et une maîtrise sur la sculpture contemporaine canadienne de l’Université de Carleton à Ottawa. Le travail de Gould est exposé tant sur le plan national (Montréal, Québec, Régina) et international (France, Luxembourg, Afrique du Sud, Italie). Gould a également réalisé des œuvres d’art public en Allemagne, au Canada et récemment en France avec  l’installation permanente « Pavillon d’Hannibal » qui a été inaugurée à Le Vernet en Provence en 2014. Les œuvres de Gould se trouvent au sein de plusieurs collections muséales et privées au Canada, en Pologne, en Italie, en France et en Allemagne. Il est représenté par la Galerie Hugues Charbonneau à Montréal et par la Galerie Arte Giani à Francfort.

Salle 1
  • Trevor Gould
Talking to Death : An Allegory for Sculpture

EXPOSITION /
25 OCTOBRE AU 1ER DÉCEMBRE 2018

VERNISSAGE /
JEUDI 25 OCTOBRE, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI, 27 OCTOBRE, 15H