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    YAN GIGUÈRE - VISITES LIBRES
 

La salle principale du centre CLARK accueille plus de 300 photographies de différentes tailles, agencées au mur afin de produire des séquences extrêmement denses. Il s’agit du nouveau projet de Yan Giguère, Visites libres (2013), qui explore la thématique de l’habitat en prenant en compte ses multiples significations, qui concernent à la fois la vie animale, végétale et humaine. Montées sur des cadres en bois de différentes épaisseurs, les épreuves photographiques deviennent des volumes au mur, mode de présentation qui sied bien au thème abordé, ajoutant du relief au paysage esquissé. S’y trouvent par exemple des images de nid de guêpes, de ruche, d’escargot traînant sa coquille, parsemées à travers une multitude de lieux extérieurs et intérieurs au sein desquels l’œil organise un parcours, entrant et sortant des espaces au gré du rythme imposé par la juxtaposition des différents clichés. Peuplés de personnages, les lieux acquièrent une tonalité affective qui stimule l’imaginaire. On se surprend ainsi à tenter des rapprochements entre individus portraiturés et milieux de vie, imaginant à qui pourraient correspondre les intérieurs exhibés. Présentés de telles sortes qu’ils évoquent de longs flux d’images – chacune des photographies composant les séquences se touchant les unes les autres –, les regroupements effectués par l’artiste installent plusieurs atmosphères, la ruralité, l’urbanité, l’étrangeté et la précarité, qui, plutôt que d’être mises en opposition, conduisent les unes aux autres.

Une narration libre autour de l’idée de mobilité prend forme, les images de bandes d’oies s’élançant dans le ciel en route vers un ailleurs, les abris précaires et la charpente d’une habitation en état d’entre-deux, à cheval entre l’édification et la déconstruction, pointant incontestablement dans cette direction. Ce thème est aussi alimenté par la présence, à travers les photographies rendues difficiles à situer temporellement à cause de leurs diverses factures matérielles – les clichés ayant été pris à l’aide de plusieurs types d’appareils photographiques –, de réelles photographies anciennes, des portraits de familles pour la plupart, croqués dans un milieu rural. Une boucle narrative et temporelle s’ouvrant et se refermant sur des séquences liées à la ruralité, après un passage par la ville, qu’on reconnaît à ses édifices mais également à sa densité, à ses foules et à ses abris de fortune, fait le constat difficile des tensions que la cohabitation et la proximité peuvent engendrer. Plus fort que dans les œuvres précédentes, le sentiment qu’un cycle est ici présenté s’impose au spectateur, qui découvre, coexistant sur un même plan, des portraits montrant différentes générations. L’idée de la lignée, dont la réalité ne nous apparaît concrètement que grâce aux objets photographiques matériels qui en témoignent et perdurent dans le temps, s’inscrit ainsi en toile de fond du projet. Cela dit, comme pour chacune des constellations précédentes créées par Giguère, la narration reste toujours ouverte, et de multiples entrées sont possibles dans les univers proposés par l’artiste, qui compose ses agencements davantage à l’aide d’associations libres et d’échos formels repérés entre les images que dans l’objectif de tisser un fil narratif linéaire. Les petites images appuyées sur le rebord des volumes photographiques, donnant l’impression de pouvoir être déplacées à tout moment, ajoutent à cette idée que ce tout contient, en latence, un potentiel infini d’histoires.

Anne Marie St-Jean Aubre



Yan Giguère tient à remercier Marie Claude Bouthillier, Peter King, Natacha Chamko, Rodrigue Bélanger, Le Centre Vu, L’équipe du Centre Clark et le Conseil des arts et des lettres du Québec.

Salle 1
  • Yan Giguère
VISITES LIBRES

EXPOSITION /
14 MARS AU 20 AVRIL, 2013