Nadège Grebmeier Forget

« Grebmeier Forget a travaillé par le passé sur des performances médiatisées par des miroirs, Skype, des projections, des images issues de Photobooth, ou encore par le positionnement de son corps par rapport au public. À l’écran comme hors champ, elle a souvent recours à des artifices tels que le maquillage, les paillettes, des décorations enfantines, des vêtements et des produits alimentaires emballés. Elle pare, prépare et présente son corps comme un objet de consommation (visuelle, littérale, métaphorique), mais aussi comme une entité jamais totalement accessible, ou dont l’excès d’ornementation finit par éroder la désirabilité. […] Tout en s’inscrivant manifestement dans l’histoire de la performance féministe — qui met l’accent sur la présence d’un sujet féminin actif et incarné résistant au regard fétichisant ou le perturbant —, les performances de Grebmeier Forget prolongent cette tradition pour interroger la manière dont les subjectivités genrées sont plus récemment mises en scène par, pour et avec les nouvelles technologies. Par l’usage récurrent de captures d’écran Photobooth dans *SUITE* et d’autres performances, Grebmeier Forget fait référence au selfie, à la célébrité YouTube ou à la « camgirl », tout en s’inscrivant dans des réflexions plus larges sur la mise en scène de soi en ligne. »

BURISCH, Nicole, « Never Enough / Jamais Assez : sur la documentation, la proximité et l’œuvre *SUITE* de Nadège Grebmeier Forget (issue de la série *One on one’s for so-called fans*) », catalogue du programme CORE, publié par la Glassell School of Art et le Museum of Fine Arts – Houston, 2015, p. 11-21.

La pratique interdisciplinaire de Nadège Grebmeier Forget se déploie à travers des performances — qu’elles soient de longue durée, en direct, diffusées en streaming ou privées — qui aboutissent parfois à des œuvres relevant du dessin, de la photographie ou de l’installation. Dans ces performances, elle se façonne et s’hybride pour désamorcer les attentes liées à la beauté et explorer les effets (et les affects) du regard porté sur une identité en devenir, observée et analysée par autrui comme par soi-même. Cherchant à confronter désirs et idéaux (esthétiques, commerciaux, sexuels, etc.) par une manipulation performative et émancipatrice de sa propre image, elle interroge intrinsèquement le travail du « faire » et du « devenir » ; …y compris les manières dont la performance (de soi ou artistique) peut être documentée, présentée, diffusée ou exposée.

Active au sein des milieux montréalais des arts visuels et des arts vivants – en tant qu’artiste, coordonnatrice de projets indépendante, conseillère à la création ou directrice artistique –, elle a pris part à de nombreux événements, festivals, tables rondes, résidences et expositions au Canada, aux États-Unis et en Europe. Elle est la première artiste de performance à avoir reçu le prix Pierre-Ayot de la Ville de Montréal (2019), décerné en partenariat avec l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC).

Née en 1985 et fille aînée d’une finaliste au concours de beauté « California Beauty Queen » des années 1950, elle vit et travaille à Tio’tia:ke / Mooniyang / Montréal.

Centre Clark

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