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Étant d’abord récit, le jardin convoque le temps plus que le lieu.
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Beaucoup plus que dans l’immobilité du paysage contemplé, qui vaguement nous parle d’infini, c’est dans le jardin, en son centre, que le temps peut être appréhendé. Le centre, ce point où l’on est au moment où on y est, creusant, plantant, arrachant des bribes de vie au temps qui veut la naissance et la mort. – Anne Cauquelin, Petit traité du jardin ordinaire, Éditions Payot et Rivages, 2003.

Dans leurs états dénudés, les jardins donnent à voir autre chose; les formes squelettiques des plantes au repos, les structures de soutien et les clôtures mises à nu, les pots de plantes vides et renversés, les abris délaissés, quelques objets décoratifs oubliés, mettent en avant plan l’“attitude” et l’organisation de chaque jardin. – Catherine Bodmer.

La recherche d’un monde idéal ou du paradis perdu est un thème que Catherine Bodmer a souvent exploré de manière singulière dans son travail de création photographique. Les lieux négligés, les terrains vagues, les jardins abandonnés représentent pour elle des lieux ouverts à l’imagination, des lieux en état de transition qu’elle perçoit comme des zones de liberté.

Le projet Les paradis de Granby part du désir de susciter une réflexion sur nos idées et attitudes envers l’aménagement des espaces quotidiens, sur nos relations avec la nature et plus spécifiquement le jardin domestique. Mettant en rapport les processus et courants de pensée qui animent la pratique de l’art actuel et ceux qui façonnent et inspirent le jardin vernaculaire, le projet réunit Catherine Bodmer et un groupe de jardiniers dans une série de rencontres individuelles et collectives conviviales – promenades dans leurs jardins, conversations autour d’un thé, rencontre avec Gentiane Bélanger, historienne de l’art passionnée de jardins – échelonnées sur une année et se situant plus particulièrement dans l’hors-saison du jardinage. Cette perspective a été privilégiée par l’artiste pour observer le jardin dans sa temporalité et dans ses aspects esthétiques les moins fréquentés, les moins spectaculaires.

Au fil des rencontres, photographies, images trouvées, littérature, croquis, écrits personnels, anecdotes, souvenirs, connaissances, plantes, bulbes et semences ont été échangés entre l’artiste et les participants. À partir de cette vaste collection d’images et de récits partagés, Catherine Bodmer a conçu et réalisé une série de cartes postales sous la forme d’un livre qui sera dévoilé et mis en scène dans les espaces d’une librairie de livres usagés.