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À la fois structure et action, l’échafaudage appelle à la grandeur, non pas par la magnificence de son ossature érigée, mais plutôt par sa fragilité, par sa fabrication, par l’ardeur, la sueur, la suie et les échardes qu’il faut pour se hisser parmi les autres. Il contient en lui la volonté de changement et d’ascension, mais aussi le potentiel de l’écrasement. De soi, de l’autre, comme on écrase un insecte par mégarde ou un fichier informatique, comme s’écrase un avion ou un fruit au sol.

Or, l’échafaudage permet aussi de survivre, de fuir, de décoder la structure qui nous constitue pour s’en départir. Il est un prétexte pour s’adosser – de façon plus ou moins transitoire et précaire – aux mots, à l’écriture et à la narration. Les œuvres fomentent énigmes et complots pour jouer avec la mémoire, les savoirs et les espoirs. Éloge de l’instable, l’échafaudage sert parfois à déconstruire – eh oui – les structures et les distinctions établies entre le mot et l’image.

On fait normalement disparaître les échafaudages à la fin d’un chantier, comme les grues et les truelles, les conduits, les raccords électriques. Tenir l’échafaudage, c’est pourtant se donner une chance de s’approcher des intentions créatrices brutes, des tentations intimes et des prises de risque les plus calculées.