Faye Mullen

ARTISTE AUTOCHTONE EN RÉSIDENCE 2020

EN RÉSIDENCE /
9 JANVIER - 30 MARS 2020

PRÉSENTATION D’ARTISTE /
VENDREDI 19 JUIN, 15H
VIA ZOOM 
+ d'infos dans boîte texte

Le Centre CLARK et l’Aboriginal Curatorial Collective/Collectif des Commissaires Autochtones (ACC/CCA) sont heureux de s’associer afin d’accueillir l’artiste Faye Mullen pour une résidence dans l’espace d’atelier individuel du Centre. Cette résidence est rendue possible grâce au soutien du Conseil des arts de Montréal.

*Plus d'information sur la présentation d'artiste et performance de Faye Mullen, présentée le 19 juin 2020 : 
centreclark.com/fr/exposition/presentation-performance/


BIO /
Faye Mullen s’appuie sur une sensibilité sculpturale combinant une pratique de recherche du geste performatif, du son et de l’image fixe et en mouvement. Par l’entremise d’une perspective bispirituelle mixte autochtone (anishinaabe/algonquine/irlandaise/italienne), sa démarche tend vers l’horizontalité mettant en forme des imaginaires queers et des manières décoloniales de faire monde. Faye est titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario et de l’École nationale des beaux-arts de Paris, ainsi que d’une maîtrise de l’Université de Toronto et du Fresnoy, à Tourcoing. Son travail a fait l’objet d’expositions collectives et individuelles en Asie, en Australie, en Europe et sur l’île de la Tortue, sa terre natale. Actuellement, Faye oriente sa démarche à l’intérieur et aux côtés de la communauté de Tiohtiá:ke/Mooniyang/Montréal à titre d’Oshkaabewis, de le’nikónirare, de sœur, de tante, de travailleur.e de la terre et de créateur.trice s’efforçant de soulever la voix des siens, de soutenir des liens de compréhension et d’honorer les silences.

DÉMARCHE D'ARTISTE / 
Je reconnais que ma relation avec l’acte de vocifération est fondée sur ce que ma mère nous a transmis, à mes sœurs et à moi : Le bout de mes doigts serait engourdi, le sang dans mes veines s’accumulerait au-dessus de sa poignée. À ce moment-là, ma mère a pu devenir une abstraction. Là, dans le champ humide du ziigwan(1), le premier jour du printemps, on nous a appris à émettre un son. Une mère avec quatre filles; nous passions l’après-midi à crier aussi fort que possible dans l’espoir de ne jamais avoir à émettre ce son sous l’emprise d’un autre. Pendant ma résidence au Centre CLARK, en partenariat avec l’ACC-CCA, je souhaite rétablir ma relation avec les silences qui m’habitent tout en redécouvrant la voix de nimaamaa(2). D’un point de vue critique, je suis informée et engagée par rapport aux sensibilités queers et intersectionnelles et aux épistémologies autochtones. Étant moi-même anishinaabekwe (Algonquine) dont les origines autochtones ont été encombrées de mystère durant l’enfance, mon approche se positionne en considérant l’effet de silence(s) imposé(s). Ces intérêts, accompagnés de mon penchant pour la création d’expériences esthétiques, révèlent ce qui m’a guidée vers une telle démarche et plus spécifiquement vers cette résidence. À l’âge de 8 ans, j’ai décidé de me soumettre au silence et de résister au langage, en me rendant muette pendant deux ans. Ainsi, je reconnais l’agentivité que nous possédons, autant dans notre voix que dans nos silences. Cette création pluridisciplinaire cherche à développer les multiples significations sémantiques du silence : silence, silenced, silencing.  Par la voie de la conversation, du récit, de la cérémonie et du processus créatif, je souhaite explorer là où réside le potentiel du silence. Ma démarche et les créations que j’envisage de réaliser durant la résidence visent à déterrer nos silences et à les reconnaitre en tant que corps-agents qu’ils ont déjà été. Selon moi, ils portent toujours le potentiel d’un renouveau. Je propose le silence, la lenteur et l’échec comme outils contemplatifs et politiques contre la surconsommation de notre société dépendante à l’image. Ma démarche se déploie comme des gestes de résistance, de résurgence et de refus génératif. Pendant la résidence, je souhaite réserver un espace de rencontre/création hebdomadaire pour les jeunes indigiqueers urbains de Tiohtia:ke/Mooniyang en formant un cercle de soutien.

- Faye Mullen

(1) Printemps
(2) Ma mère