André Paquin
EN CHUTE LIBRE
04.09–05.10.1997
04.09–05.10.1997
Artiste
André Paquin
Un ondoiement nous guette: il s’insinue à nous, passager, quasi imperceptible. Est-ce donc notre présence qui en est la cause? Puis l’eau redevient donnante. Elle n’a cependant pas cessé d’être tumultueuse. C’est à cette mise en scène de l’équivoque que nous convie André Paquin en dressant devant nous ce grand drapé photographique. Il s’y construit selon un dispositif qui en appelle des procédés et des protocoles cinématographiques mais en les pervertissant, un questionnement sur l’ambiguïté de notre expérience du temps. Sous forme d’écran (non pas opalescent comme ceux du cinéma, mais transparent) mais aussi de rideau parce qu’il s’y joue voilement et dévoilement, le support semble choisit pour que s’opère un transfert sensible, comme s’il venait cueillir la chute (du canal Rideau) qui est représentée. En outre cette surface partagée en de nombreuses bandes de film, en autant de coupes mobiles et suspendues, pose deux échelles à la lecture mais aussi à l’inscription du temps que la caméra a saisi et arrêté et que le bruissement matériel de l’œuvre semble venir réamorcer. Translucide, perméable aux déplacement dans l’espace, aux interférences d’ombre et de lumière, cette œuvre met le spectateur au centre d’un processus par lequel se forme une temporalité toujours changeante, une musicalité liant la matière plastique de l’œuvre et le murmure imaginaire de la chute. Et c’est là l’une des plus belles qualités de cette oeuvre que de poser une si radicale démarcation entre la représentation et sa surface matérielle et d’inviter le public à produire leur réconciliation dans un dialogue qui rend unique mais non moins insaisissable cette durée.
Patrice Duhamel, aoùt 1997