Anne-Renée Hotte
Les rencontres ne savent pas qu’elles ont lieu
11.09–24.10.2026
Salle 1
11.09–24.10.2026
Salle 1
Vernissage
Vendredi 11 septembre, 17h
Artiste
Anne-Renée Hotte
L’écriture du commun
Des yeux fixent
Deux yeux dissociés
Déséquilibre magnétique
Intimité protégée mais partagée
L’œil de l’une et l’œil de l’autre
Regard gémellaire, posé sur toi
Sans point de fuite ni esquive
Mains hésitantes
Se plient, s’ouvrent, ralentissent, se précipitent
Une étreinte contenue
Toucher le vide
Pour rejoindre l’autre
Partager temps, lieu, sujet pour que l’agir advienne
Faire prendre forme au silence
Penser les interstices comme des suppléments de sens
Fusion des lèvres à la chair
Mémoire du premier plaisir
Pour que l’avidité rencontre la satiété
Le désir, l’étendue des attentes
Et l’espoir, la synchronicité des souffles
Céder, se donner, pour que la fusion advienne
Et qu’ainsi filtre ce qui doit
À la commissure de tes lèvres
Un rêve qui marche si bien
Qu’il franchit la réalité
Allégorie jouable qu’en monochrome
Du noir solitude
Au blanc libérateur
Nuage d’insectes traversé de demi-teintes
Fulgurance du détail
Sortie de zones
Grisées de tous les possibles
Murmuration du vivant
Dans une foule solitaire
Garder les images silencieuses pour qu’elles se fassent entendre. Dans un silence qui n’est pas une absence, mais plutôt un hiatus invitant à percevoir le vide comme les respirations nécessaires pour qu’émane une langue singulière. Comme si l’on se trouvait devant un film dont on aurait volontairement omis le montage afin de s’y faire son propre cinéma, sans début ni fin, dans une kyrielle de juxtapositions fortuites.
Les rencontres ne savent pas qu’elles ont lieu, c’est l’effet Koulechov transposé dans l’espace d’exposition. Ici, le sens naît de l’intervalle, de ces interstices entre deux images qu’il faut relier, et du silence à combler. Par toutes ces lectures et relectures possibles, le principe même du montage devient métaphore de l’être humain en société, mettant en parallèle l’image isolée et sa participation au tout, l’individu et sa société. C’est aussi, par extension, toucher à ce point de bascule où notre existence oscille entre la solitude de l’instant — chère à Bachelard — et le désir de s’inscrire dans la collectivité qui tend à vouloir effacer toute irrégularité pour entretenir l’illusion de la continuité, le flot propre au récit pour que l’histoire s’écrive.
Dans un élan similaire, alors que l’usage du noir et blanc pour toutes les images pourrait laisser présager une volonté d’uniformisation, voire de normalisation, la grande disparité des rapports d’échelle sème, elle, l’idée d’un équilibre fragile ou d’un nécessaire recalibrage des valeurs. Sous une lumière commune, et contenue par les limites d’une image, qu’elle soit animée ou non, la représentation d’un couple d’amoureux, de mains qui communiquent en langue signée, de nuages dispersés, d’une foule effervescente ou d’une volée d’insectes recèle potentiellement une même qualité de présence, donc aussi un pouvoir équivalent.
Au-delà de la surface des images, le projet souligne la force des choses qui se rencontrent, qui s’unissent aussi, en une sorte d’écriture du commun.
—France Choinière
France Choinière centre ses travaux sur l’évolution des pratiques de l’image, les particularités de leur spatialisation et de leur diffusion, ainsi que sur les enjeux artistiques, historiques et sociaux qu’elles soulèvent. Sa vision singulière de ce qui définit conceptuellement une image ainsi que sa rigueur intellectuelle et éthique ont façonnées la direction artistique de Dazibao qu’elle a assuré pendant plus de 25 ans, jusqu’à tout récemment. Ayant dirigé et/ou contribué à plus de soixante publications, elle poursuit désormais ses recherches par le biais d’une démarche d’écriture singulière se fondant sur l’incomplétude de l’image pour témoigner—de tout et rien.