Dexter Barker-Glenn
First Water
16.01–28.02.2026
Salle 2

Vernissage
Vendredi 16 janvier, 17h

Artiste
Dexter Barker-Glenn

Tout d’abord nous sommes arrivé·es pieds nus, et les petits coquillages nous coupaient la plante des pieds. Ouch! Le sang et le sable se sont mêlés, ils sont devenus amis, d’abord timidement comme des écoliers, s’embrassant finalement sur la bouche. Deux piles de cendres, deux très bonnes choses, brûlées. Des matériaux inutilisables, mais portant en eux une grande importance spirituelle, à explorer maintenant ou plus tard. La cendre se mêle à la terre, et la récolte est plutôt bonne. Tout le monde en haut est apaisé, pour l’instant. On aurait pu manger ces cent têtes de bovins, on choisit plutôt de manger une année complète. Je regarde la neige tomber et envelopper mes pieds.

Étant né·e au début, je n’ai jamais été pressé. J’observe tout se durcir et devenir cristal, devenir verre. La pression du poids d’un bipède dans le sable, la chaleur qui le rigidifie. Ne vous en faites pas pour le langage ; le bétail n’a pas d’alphabet. Et quand la parole est-elle apparue? Avant ou à cause de l’invention des rideaux? Certaines technologies se révèlent plus tôt que d’autres. J’ai des souvenirs du goût du cuivre, avant que quiconque n’en trouve des veines dans la chair de la roche. Là, pendant que j’attends le bus, je vois un homme dénuder un fil stéréo pour atteindre les longs cheveux de cuivre tressés qui se trouvent en son intérieur.

En face de l’arrêt de bus, j’aperçois l’affiche la plus brillante du monde, décolorée par le soleil. Les millions d’angles magnifiques d’un gros diamant. Le papier doit avoir une adhérence particulière. Pour réussir à coller le monde ensemble, on a besoin des ossements des animaux. Le papier, la colle et la pâte à papier, les rayons de soleil coincés dans les facettes en papier du diamant de papier. Presser la peau noire du bétail, presser la cendre. Presser le pied pour presser le cœur pour presser la tempe. C’est sous une telle pression que sont fabriqués les diamants les plus solides et les plus brillants. Presser la lame dans la peau saine et sans imperfections, dans l’épiderme, dans le gras pour la prêtresse, dans le muscle et le cartilage. L’os frais peut sembler la chose la plus dure au monde, mais je peux vous montrer une chose plus dure encore.

En regardant l’affiche je me dis, qui sur cette terre encombrée veut faire un réel sacrifice? Est-ce la raison pour laquelle tout est tellement sinistre? Et qu’en est-il de tous les cadavres décomposés dans leurs boîtes sous la terre, piles de cendres portant un diamant étincelant à la main gauche? Imaginez une publicité pour un diamant, toute l’énergie pouvant naître à rebours en elle-même. Avant que l’on puisse utiliser une violence précise pour tailler des visages dans des diamants, nous leur accordions une valeur différente. J’ai vu des doigts salis par le doute percer les yeux du réel. Je décide à l’arrêt de bus, au milieu de la nuée de voitures et de vélos, que c’est à moi de faire de petits sacrifices. Toute cette énergie, gaspillée sans réfléchir. Le gaspillage est inévitable, pourquoi ne pas l’orienter?

Je reste assis, je patiente, je réfléchis et puis le bus arrive et j’embarque, un rayon de soleil bleu prend naissance à l’horizon et éparpille l’atmosphère, diamants scintillants, personnes mourant de faim, bébés riants, agitant et frappant leur petites mains grassouillettes.

— Hannah Berger

 

Photos: Document original