Raymonde April
NEAR YOU NO COLD
12.03–26.04.2015
Salle 1

Raymonde April - Brasier

Raymonde April - Brasier

Artiste
Raymonde April

Near You No Cold. Cette phrase résonne tel un mantra. Elle me revient sans cesse à l’esprit depuis ma rencontre avec Raymonde April par un jour froid de février. Si cette phrase se prête bien au temps qu’il a fait cet hiver, elle évoque surtout les propos de l’homme que l’artiste a laissé derrière elle, à Mumbai. Je ne connais pas personnellement Raymonde, mais elle m’a raconté son histoire, celle qu’elle présente en deux moments distincts à la Galerie Donald Browne et à CLARK. Dans un premier temps, c’est le Near You du titre de l’exposition que l’on peut découvrir à la Galerie Donald Browne. Il y est question de l’appartement qu’elle partageait avec cet homme qui l’a accueillie en résidence à Mumbai. C’est le caractère intimiste de son séjour que l’on peut y voir, alors qu’à CLARK c’est la réalité de l’atelier que l’artiste a voulu mettre en scène, le No Cold du titre. Ces deux découpages spatiaux marquent une distinction entre le privé et le public, plus particulièrement entre la vie domestique et la vie artistique. April retrace son parcours entre les deux, ce qu’elle a vu et vécu et ce qu’elle a choisi de montrer, par bribes.

L’atelier, sujet cher à l’artiste depuis ses débuts, demeure au cœur de ce qui est présenté à CLARK, qu’il faut considérer comme un des deux points d’ancrage de son passage en Inde. La vie d’atelier à Mazgaon illustre la culture et le mode de vie indiens, que l’artiste a observés lors de ce séjour. April expose, entre autres, deux séries photographiques imprimées sur Tyvek®, un matériau résistant que l’on retrouve dans les chantiers de construction. Son utilisation permet un accrochage où s’accumulent par juxtaposition des piles d’une dizaine d’images. Dans ce dispositif, le visiteur a deux possibilités : il peut choisir de regarder uniquement la première image ou de manipuler chacune des séries pour activer la scène captée par l’artiste. Il faut donc jouer le jeu pour reconstituer la séquence d’images d’une femme qui fait brûler du plastique à l’intérieur de la cour de l’atelier d’April ou de celles du temple érigé près de l’autoroute à Mazgaon. L’artiste présente également des vidéos qui permettent de saisir l’ambiance qui règne en Inde, notamment ce bruit constant mêlant coups de klaxons, bruits de construction, voix humaines, cris des corneilles, sons des machines qui transforment les épices, etc.

Fidèle à sa démarche, Raymonde April permet au visiteur de se glisser dans son univers, de suivre ses déplacements dans une ville aux antipodes de Montréal et de partager un instant bien particulier dans son parcours d’artiste et de femme.

– Manon Tourigny