Maddie McNeely
Understory
30.10–13.12.2025
Salle 1
30.10–13.12.2025
Salle 1
La forêt est à la fois un territoire réservé et exploité. Elle offre abri et ressources tout en portant les traces de l’extraction et de la perte. Nos environnements construits reproduisent ces mêmes tensions : ils offrent le repos, mais sont façonnés par des logiques de propriété, de profit et de contrôle. Comment évoluer dans un système où la protection elle-même peut blesser et accroître notre vulnérabilité? En observant nos maisons, nous pouvons percevoir le lien qui unit nos habitations et la forêt. Derrière les murs sont dissimulés des arbres devenus poutres – séparant intérieur et extérieur – créant une structure à la fois sécurisante et contraignante. Maddie McNeely fait dialoguer ces contradictions entre milieu architectural et naturel dans ses sculptures de colonnes, traçant dans le bois des lignes aussi droites qu’organiques.
L’évocation de l’abri se poursuit par le motif de la brique. L’artiste en a fabriqué plus d’une centaine, sous forme de briquettes à partir de débris de ses sculptures et de matières trouvées. Chaque fragment recueilli participe à un cycle de circulation et de transformation continue, où les ressources se renouvellent et génèrent de l’abondance. Ces briques deviennent alors des capsules temporelles : elles gardent les traces de sa vie partagée avec sa famille et ses ami·es à jouer, à sculpter, à manger, à échanger – des actes simples de survie et de soutien. Assemblés, ces souvenirs archivés dans la matière posent les bases d’un nid réconfortant.
La construction d’un refuge incarné demande une fabrication attentive et lente, rythmée par la reprise inlassable des mêmes gestes. L’épuisement du corps ouvre un état méditatif, une fatigue qui apaise. Dans cette constance, chaque action devient présence, chaque contact avec la matière révèle son histoire et une relation de réciprocité naît. La répétition transforme ainsi le travail en exploration et conduit à une connaissance tactile – un travail de la main qui nourrit l’esprit, rappelant la valeur du savoir-faire et la responsabilité envers ce que l’on crée.
De cette intimité avec le bois émerge le mimétisme. L’artiste convoque plusieurs formes familières : une noix, un axe, un rouge à lèvres, des crayons, des allumettes, une échelle d’urgence. Tantôt fidèles à leurs proportions, tantôt exagérées ou réduites, ces répliques déstabilisent nos repères et font vaciller la réalité. Inspirée de ses enfants qui apprennent en imitant, McNeely révèle notre capacité à reproduire, mais aussi à déformer le monde qui nous entoure. Dans un univers traversé par le deuil écologique, ses sculptures deviennent des tentatives pour tisser des liens et inventer des points d’ancrage face à l’instabilité.
Cette quête d’équilibre s’inspire d’une strate de la forêt : le sous-bois, le understory. Là, de jeunes arbres en attente d’une ouverture dans la canopée cohabitent avec des arbustes arrivés à maturité dans l’ombre. Dans Understory, McNeely explore comment s’enraciner dans des zones interstitielles pour créer un espace nourricier et résilient malgré les menaces. À l’image de l’œuf qui ponctue l’espace, symbole du commencement, une promesse de vie convoque inévitablement force et vulnérabilité, et dans cette rencontre délicate naît le renouveau, irrésistible et nécessaire.
— Camille Richard