B. Brookbank
we move, just shifting
15.01–12.02.2022
Salle 2

we move, just shifting est l’aboutissement du mémoire de maitrise en photographie de Brandon Brookbank réalisé à l’Université Concordia.

L’exposition porte le même titre qu’un diptyque photographique représentant un verre – sali de yogourt – derrière des doigts et des orteils flous. Comme lorsqu’un cliché capte le pouce de son créateur, le sujet semble distant, fortuit, inconsidéré.

Une lecture plus attentive transforme la profondeur de champ en un raccourci poétique pour le toucher. Le premier plan se heurte aux objets du plan central dans un champ purement visuel. L’indice d’une intervention plus large émerge.

Le yogourt trace des gestes caressants et la main tient l’objectif comme un amant. C’est la notion de relation, entre les gens, soi-même et les objets de la photographie qui construit le langage visuel de Brookbank. La marque du toucher souligne l’importance de la surface sur laquelle il se pose et transmet une charge affective. Aucun récit précis n’est clair sauf la décadence de la vie intime en poésie et les tendances surréalistes absolues de la photographie. Un vague réseau de symboles – brindilles, figurines, peau, fruit, bijoux – entrouvre des histoires scellées.

Il existe une impulsion de quitter l’image et de reproduire son univers dans la chair. Des objets placés dans certaines photographies prennent vie et se tordent comme une sculpture : sur une photographie du soleil disposée au sol se tortillent un fil, des attaches de sac et un os pour faire un vœu. Quelque chose de semblable prend forme dans une image représentant des jointures. Des t-shirts torsadés, récoltés parmi les gens qui partagent la vie de Brookbank, sont assemblés pour devenir une colonne architecturale tout en restant vulnérables aux taches.

Dans l’une des photographies, deux chaussettes brunes sont perchées sur le contour d’une vitre circulaire. Les chaussettes permettent d’interpréter la vitre comme la représentation d’un corps; un fantôme taché de rouge. Est-ce que cela pourrait indiquer une blessure ou un rougissement alors que les semelles timides évitent un fruit égaré ? La tache – évidente métaphore du sentiment – écrit l’inventaire du corps.

we move, just shifting cartographie la sensation d’effleurement des passages célestes, des mouvements tectoniques et des changements collectifs à l’échelle d’un monde intérieur. La forme, tout comme le sentiment, est le catalyseur des forces confluentes qui nous marquent comme nous les marquons.

– Lucas Regazzi (traduction par Catherine Barnabé)


Un grand merci à mon directeur de maîtrise, Chih Chien Wang, et au département de photographie de l’Université Concordia pour leur soutien académique et financier. Ce travail a grandement bénéficié des conversations perspicaces et des visites de studio avec Roxanne Arsenault, Pascal Desjardins, Pascha Marrow, Maddie Mcneely, Jodi Heartz, Kinga Michalska et Monse Muro. Merci à Kinga Michalska et Amelia Wong pour leur don de matériaux, à l’Atelier CLARK, au personnel du Centre CLARK et à Lucas Regazzi pour avoir organisé l’exposition de façon transparente, ainsi qu’à Bain Blois et à ma famille pour le transport et le soutien. Enfin, merci à mon partenaire, Kyle Alden Martens, pour son profond soutien dans tous les aspects de ce projet.