Centre audiovisuel de l'Université de Montréal; collection des Archives gaies du Québec

Centre audiovisuel de l'Université de Montréal; collection des Archives gaies du Québec

Poste Audio

Jamie Ross

Club Gemini

POSTE AUDIO / 
6 SEPTEMBRE AU 12 OCTOBRE 2019

VERNISSAGE /
VENDREDI 6 SEPTEMBRE, 17H

PRÉSENTATION D’ARTISTE /
MARDI 24 SEPTEMBRE, 17H30 - 19H

Cette oeuvre est présentée en partenariat avec ART POP. Une oeuvre complémentaire est présentée au Studio Rialto pour la durée du festival Pop Montréal (25 au 29 septembre).

Durant plus de trois siècles dans les territoires revendiqués par le Québec et le Canada, les gens ayant des pratiques sexuelles anales étaient emprisonnés. En 1969, en pleine révolution sexuelle, le gouvernement fédéral a accordé une exception pour deux personnes ayant des relations en privé. Si plus de deux personnes étaient présentes, une sentence de prison de 14 ans s’appliquait[1]. En permettant les pratiques homosexuelles dans l’intimité, le gouvernement cherchait à tuer dans l’œuf le mouvement dont on prétendait que la croissance était une menace à la sécurité publique.

À partir d’archives de coupures de presse, de correspondances écrites et de contacts spirituels avec les ancêtres queer, l’installation sonore Club Gemini de Jamie Ross offre un aperçu furtif du premier club social éponyme pour lesbiennes, gais et personnes trans à Montréal ouvert un samedi soir d’avril 1969, puis fermé un mois plus tard.

Gemini a été ouvert par Égalité sexuelle internationale anonyme, la réponse du Québec au mouvement homophile pour les droits civils, précurseur socialiste au niveau international du mouvement de libération gaie des années 1970. Mené par le porte-parole Paul Bédard, le groupe a fait pression sur le gouvernement Trudeau pour la tolérance envers les gais grâce à de petites publications, une vie nocturne et du travail sexuel organisé publicisé à l’international par le magazine californien Grecian.

À l’angle des rues Maisonneuve et de la Montagne se trouvent aujourd’hui une boutique de stylos de luxe et un dépanneur. Longtemps, ce repaire sentimental aux murs de velours rouge a été balayé par l’inévitable passage des années pour exister de façon anonyme dans cette rue du centre-ville. Répertorier nos souffrances, mais aussi danser et flirter avec nos demandes retentissantes et nos déclarations collectives d’ingouvernabilité demeurent des actions tout aussi importantes de nos jours qu’à l’époque. Le coin de rue et la ruelle sont toujours là.

Bien que Paul fût acquitté des accusations de « grossière indécence » et de « contribution à la délinquance juvénile », il a par la suite rapidement disparu des archives queer, laissant un mouvement acéphale, un immobilisme. Une dernière lettre adressée aux activistes gais de Toronto a été découverte, envoyée à partir d’une ville située à dix heures au nord-est de Montréal.  

À l’hiver 1969, une petite meute de loups a traversé le Saint-Laurent gelé, probablement à la hauteur du lac Saint-Louis, et s’est établie sur le Mont-Royal. Une nuit de printemps, possiblement celle où le Club Gemini a ouvert ses portes aux pieds de la montagne, des coups de feu ont retenti. La police de Montréal a abattu les loups et retiré leurs corps de la forêt de la drague gaie.  

- Jamie Ross (traduit par Catherine Barnabé)


[1] Au Canada, le sexe anal (sodomie) constituait une infraction criminelle (Article 159 du Code criminel) jusqu’en 1988.

 


BIO
Jamie Ross est un artiste contemporain qui a fait son éducation en dehors de l'université, un enseignant préscolaire et un sorcier. Il est un divinateur de cartes professionnel, un consultant en sorts et a été le premier aumônier païen des prisons fédérales au Québec jusqu'en 2018. En tant qu’artiste visuel, il crée et documente des communautés queer fondées sur les traditions artistiques de ses ancêtres culturels et biologiques. En dépit de son mode de vie très fagabond, Jamie vit et travaille à Montréal.

 

Remerciements: 
Struts Gallery and Faucet Media Arts Centre Residency, les Archives gaies du Québec, the ArQuives (Canadian Lesbian and Gay Archives).

Merci à :
Hugo Dufour-Bouchard, Ross Higgins, Vincent Bonin, Evelyn Hart, Jay Thomas, Sébastien McLaughlin, Derrick Dixon, Ryan Josey, Evan Snavely, Gesig Isaac, Tolkein et Noah.