New Red Order, The Last of the Lemurians, 2021 
Image tirée du film. Avec l’aimable autorisation des artistes

New Red Order, The Last of the Lemurians, 2021 
Image tirée du film. Avec l’aimable autorisation des artistes

New Red Order, The Last of the Lemurians, 2021 
Image tirée du film. Avec l’aimable autorisation des artistes

New Red Order, The Last of the Lemurians, 2021 
Image tirée du film. Avec l’aimable autorisation des artistes

Salle 1

New Red Order :

Adam Khalil,

Zack Khalil,

Kite,

Jackson Polys

LES DERNIERS DES LÉMURIENS

EXPOSITION /
8 SEPTEMBRE AU 16 OCTOBRE 2021

+

OUVERTURE DE L'EXPOSITION
SUR RÉSERVATION /
JEUDI 9 SEPTEMBRE, 18H À 22H
- 20 PERSONNES MAX / HEURE 
(LIEN POUR RÉSERVER CI-DESSOUS)

+

PRÉSENTATIONS D'ARTISTES
EN LIGNE /
JEUDI 30 SEPTEMBRE, 17H
(ARCHIVE CI-DESSOUS) 

Une exposition produite en collaboration avec MOMENTA | Biennale de l’image, dont l'édition 2021 est réalisée sous le commissariat de Stefanie Hessler, avec la collaboration de Camille Georgeson-Usher, de Maude Johnson et de Himali Singh Soin.

En 1999, l’Archæoraptor a brièvement été considéré comme le chainon manquant entre les oiseaux et les dinosaures non aviaires disparus. Lors d’une conférence de presse organisée par le magazine National Geographic, on avait annoncé en grande pompe, et sans examen préalable par les pairs, que le fossile nouvellement découvert sur le territoire de la Chine actuelle datait du début du Crétacé. Très vite, cependant, l’Archæoraptor s’est avéré factice, une chimère créée en combinant des os d’oiseaux préhistoriques et de dinosaures terrestres.

L’exposition de New Red Order au Centre CLARK interroge la politique du pouvoir absorbée au sein d’histoires forgées. Ce collectif d’artistes attire notre attention sur la manière dont la spéculation peut se consolider en vérité et sur comment l’histoire se naturalise, parfois avec des effets dévastateurs. NRO se penche sur la théorie théosophiste — qui a depuis été déboulonnée — voulant qu’un continent s’étendait autrefois de la côte est de l’Afrique, par-delà l’océan Indien, jusqu’au Pacifique. Les adeptes de cette théorie du supercontinent, baptisé Lémurie, prétendaient que celui-ci était antérieur aux configurations connues des plaques tectoniques. Des philosophes occultes, comme Helena Blavatsky, propageaient de fausses informations selon lesquelles les Lémurien·ne·s, qui habitaient supposément cette terre originelle, étaient les humain·e·s les plus pur·e·s, les plus autochtones. De telles allégations étaient destinées à la diffusion de théories racistes ayant pour but d’établir la race dite « aryenne » en tant que premier peuple authentique

NRO réfute ces fausses croyances d’une façon à la fois critique et humoristique et les montre pour ce qu’elles sont : des tentatives de créer une lignée par laquelle les colonisateur·trice·s blanc·he·s pourraient se revendiquer autochtones sans avoir à faire face au génocide des peuples autochtones. L’exposition qui en résulte pose un regard critique sur les chimères de l’histoire tout en se livrant elle aussi à ses propres spéculations.

Avec l’installation vidéo Les derniers des Lémuriens, NRO prend pour sujet le mythe de la Lémurie, soit l’idée qu’un continent englouti situé dans l’océan Indien aurait été le berceau de l’humanité et les Lémurien·ne·s, le peuple originel. Plusieurs théories liées au suprémacisme blanc y sont ancrées, notamment celle des « races racines » imaginée par la théosophe russe Helena Blavatsky (1831-1891), qui inventa une hiérarchie des races et promut la doctrine aryenne. S’inspirant de croyances lémuriennes nouvel âge édifiées sur le concept de Blavatsky, NRO propose une contrelecture de ces fictions racistes. Les derniers des Lémuriens s’articule autour de deux formations géologiques qui font chacune l’objet d’une légende : le mont Shasta, volcan californien qui abriterait une ville secrète habitée par des êtres supérieurs blonds provenant du continent perdu, et l’ile hawaïenne de Kauai, supposée être une ancienne capitale lémurienne. L’œuvre recourt symboliquement à deux matières connectées aux géographies, soit la lave, matière destructrice à l’état liquide et porteuse de vie à l’état solide, et le cristal, objet synonyme de pureté qui, sous la forme liquide, a la capacité de s’écouler comme l’eau mais aussi de se réfracter comme la glace. NRO métaphorise la dimension mouvante, parfois toxique, des récits historiques et leur cristallisation dans l’imaginaire collectif. Hybridation de l’autochtone et de l’extraterreste, Les derniers des Lémuriens se joue des désirs coloniaux pour proposer une alternative à la romantisation de l’autochtonie. Ici, la fluidité des matières fait écho à la métamorphose salvatrice des phénomènes d’exotisation en une multitude de relations de réciprocité.


BIO
Adam Khalil (Ojibway, né aux États-Serpents ; vit à New York et à Copenhague, Danemark), Zack Khalil (Ojibway, né à Newton, États-Unis ; vit à New York, États-Unis), Kite (Oglála Lakhčóta, née à Sylmar, États-Unis ; vit à Montréal, Canada, et Tulsa, États-Unis) et Jackson Polys (Tlingit, né à Kichxáan ; vit à New York) s’unissent dans cette configuration de New Red Order, une société secrète publique qui se penche de manière critique et humoristique sur les désirs d’autochtonie et sur l’impératif « d’authenticité » qui repose souvent sur les personnes s’identifiant comme autochtones. NRO s’intéresse à l’attrait que suscitent les épistémologies autochtones et aux manières dont les colonisateur·trice·s cherchent à se les approprier, de façon intentionnelle ou non. À travers des projets interdisciplinaires, NRO s’emploie à déstabiliser ces attitudes coloniales et à déployer l’agentivité autochtone.

NRO aimerait remercier le Centre et l’Atelier CLARK, Ashley Byler, Devin Ronnenberg, Drew Broderick and Bettina Pérez.