Ingrid Tremblay
Madeleine
24.10–30.11.2019
Salle 2

Artiste
Ingrid Tremblay

Dans son célèbre passage d’À la recherche du temps perdu, Marcel Proust1 décrit une scène où le narrateur, qui déguste une madeleine, se retrouve plongé dans son enfance. Il est question ici de réminiscence, de l’idée qu’un souvenir peut surgir en réponse à une sensation vécue dans le présent. Intitulée madeleine, cette première exposition individuelle d’Ingrid Tremblay depuis son retour des États-Unis, s’inspire d’expériences passées, d’images, d’affects, de lieux et de souvenirs qui se rencontrent dans le présent et qu’elle matérialise sous forme d’objets. Son processus créatif inclut parfois l’écriture descriptive2, ce qui lui permet de construire des récits autour de sensations, de moments vécus ou d’observations. Bien que les œuvres ne soient pas toutes créées à partir de cette technique, l’artiste s’intéresse aussi à la relation entre langage, perception et expérience par l’exploration de contes, de mythes et d’histoires. À l’image de la mémoire et des affects, les sculptures de Tremblay incluent texture et mouvement, en plus d’inciter au toucher. Par l’utilisation de différentes matières et procédés de fabrication, elle propose une expérience sensible et sensorielle.

Dans l’espace de la galerie, les œuvres sont disposées sur le sol, les murs et des socles de sorte à créer un rapport d’échelle entre le corps et elles. Certains objets sont agrandis ou rétrécis par rapport à la réalité. Chaque élément choisi témoigne du labeur menant à un résultat, que ce soit par les gestes répétés ou encore l’empreinte de la main qui manifeste sa présence dans la matière. Appuyée contre le mur, la pièce Reaching the Top ressemble à une branche trouvée dans la nature alors qu’il est plutôt question d’un objet entièrement fabriqué dans un bloc d’érable. En son centre, une marque donne l’impression que le bois a été pressé par une main comme le serait un morceau d’argile. Dans l’imposant dessin Trace (2016), Tremblay utilise le frottis pour couvrir le papier avec un morceau de bois pétrifié. La répétition crée une sorte de texture qui n’a ni début ni fin. Les traces laissées sur le papier trouvent un écho dans les deux pièces de broderie intitulées Moving On (2019). Leur durée d’exécution réfère à la valorisation d’un savoir-faire féminin qui a su perdurer à travers l’histoire. Avec la pièce Bump In the Carpet (2019), Tremblay reproduit également le « fait main », mais dans un morceau de marbre. Cette dernière matière, surtout utilisée par les hommes au cours de l’histoire de l’art, est transformée par l’artiste en une œuvre délicate faisant référence à l’art du tissage.

Chaque œuvre possède sa propre narrativité qu’il est possible de mettre en relation avec les autres. Tout comme les mots que l’on utilise pour créer des récits, chaque pièce fait partie d’un inventaire qui permet à Tremblay de créer de nouvelles itérations. Et ce n’est que le début de l’histoire.

– Manon Tourigny

1. Plus particulièrement du premier ouvrage de la série Du côté de chez Swann qui en compte six autres.

2. Basée sur le livre Ordinary Affects  de Kathleen Stewart.

 

Ingrid Tremblay a obtenu un MFA en Sculpture and Extended Media de l’Université du Texas, à Austin, en 2018. Elle a également complété un BFA à l’Université Concordia ainsi qu’un baccalauréat et une maîtrise en orthophonie à l’Université de Montréal. En 2018-2019, elle a été artiste en résidence et professeure invitée dans le département de sculpture de la Virginia Commonwealth University. Tremblay a également été artiste en résidence au Carving Studio and Sculpture Center (Vermont), au Djerassi (Californie), au Vermont Studio Center, au ACRE Project (Wisconsin), au Terra Vivente Art Studio (Italie) et au collectif 59 Rivoli (Paris). Son travail a récemment été exposé au Sediment Arts (Richmond), au Visual Art Center (Austin), à la GrayDuck Gallery (Austin), à la Slow Gallery (Chicago) et au Lawndale Art Center (Houston).

L’artiste voudrait remercier pour leur soutien le Centre CLARK et l’Atelier CLARK, le Djerassi Resident Artists Program, The Carving Studio & Sculpture Center, Tom Kearns, VCUarts, Amy Hauft, Eric McMaster, Kathleen Stewart, Nicolas Bel, Rosa Nussbaum, Jean-Michel Leclerc et Madeleine Tremblay.