Salle 1

Gabi Dao

geetha thurairajah

soothsay

EXPOSITION /
15 JANVIER - 12 FÉVRIER 2022

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PRÉSENTATION D'ARTISTE
EN LIGNE /
JEUDI 27 JANVIER, 17H30
- LIEN ZOOM CI-DESSOUS -

Il n’y a pas si longtemps, nous prenions des avions. Du passé jusqu’au futur, d’ici vers l’ailleurs. Autrefois, nous étreignions et touchions tout; nous mangions avec nos mains; nous chantions fort et riions, nos bouches grandes ouvertes. Nous regardions des films remplis de contagions qui n’étaient pas les nôtres. Nous ne pensions jamais à des chauves-souris, à des serpents ou à des chats. Nous démissionnions mais n’étions pas licencié·e·s; notre relation à l’argent était différente. Nous tentions de ne pas nous inquiéter à propos des statues ou de la présence de la police dans la ville.

Mais tout ceci, c’était avant ce qui se passa ensuite. Avant que le regard sur le passé ne devienne plus ou moins contreproductif, imparfait. Que signifie faire de l’art en ce moment ? Quelles croyances honorons-nous ou exploitons-nous pour notre survie ?

Dans une conversation, Gabi raconte avoir été sans travail au plus fort de la pandémie et avoir ratissé les étagères vides des supermarchés afin de trouver des matériaux qui pourraient être utiles pour des sculptures. Il n’y avait pas de papier de toilette ou de farine tout usage – seulement des papiers tue-mouche, des fruits mous, et des tas et des tas de fécule de tapioca. Avec l’abondance de fécule de tapioca, elle confectionne un manteau cireux en cuir de fruit incrusté de pissenlits en décomposition et de terre qui symbolise l’abandon du travail. Ailleurs, des sanctuaires de fortune sont ressuscités d’entre les papiers tue-mouche déroulés, l’encens et les faux fruits, ces derniers étant moulés dans une mixture de glycérine et de maquillage charnue normalement utilisée dans l’industrie cinématographique pour créer de fausses blessures. Contredisant la conception populaire qui voit la chauve-souris comme porteuse de maladies, ces sanctuaires dédiés aux dieux des chauves-souris tentent plutôt de réhabiliter la créature en un symbole d’immunité et d’interdépendance écologique.

Les peintures de geetha, quant à elles, portent un regard avisé sur les systèmes de croyances qui continuent à soutenir nos définitions changeantes des personnes et du monde. Dans des tons précieux d’ors, de bleus et de mauves, les protagonistes de ses peintures sont notamment des Bouddhas riants et énigmatiques, des fleurs phalliques agrandies à la Jérôme Bosch, des soleils et des lunes kitsch de style décoration de jardin et des extraterrestres royaux traversant des arches métaphysiques. Ainsi, l’utilisation par l’artiste d’un large éventail de symboles (et de symboles imposteurs) dans une palette mystérieuse provoque de nouvelles réorganisations perturbantes de l’univers. Dans certaines de celles-ci, ses peintures semblent suggérer que l’ironie pourrait avoir autant de valeur qu’un véritable effort de compréhension.

soothsay est une exposition à propos de ce qui arrive lorsque le récent passé percute ces nouvelles conditions spirituelles et matérielles. En supposant que quelque chose de nouveau, et de nouvellement étrange, est après tout possible en travaillant sans et contre une histoire toute faite.

- Jacquelyn Zong-Li Ross (traduction par Catherine Barnabé)

 


BIOS

Gabi Dao est une artiste et l’ancienne coorganisatrice de Duplex, un espace dédié à des projets DIY et un atelier collectif basés sur les territoires non cédés des nations xʷməθkwəy̓əm (Musqueam), Skwxwú7mesh (Squamish) et Səl̓ílwətaʔ/Selilwitulh (Tsleil-Waututh). Sa pratique met l’accent sur la contre-mémoire, l’intimité, la césure, les vérités multiples et les temporalités floues. Souvent, cela évoque ou rappelle la sculpture, l’installation, l’image en mouvements ou le son. Ses œuvres débutent par un intérêt pour des conceptions hétéroclites du temps et de la matérialité en retraçant des récits du quotidien à partir des thèmes de la mondialisation, de la consommation, de la croyance et de l’appartenance. Son travail a été présenté en Ontario au Musée des beaux-arts du Canada et au Pleasure Dome, en Colombie-Britannique à Unit 17, à la Vancouver Art Gallery, à Artspeak et à la Burnaby Art Gallery, au Manitoba à Blinkers, ainsi qu’à la Kamias Trieniale aux Philippines, à IFFR aux Pays-Bas et à Le Studio en Autriche.

geetha thurairajah est originaire de Waterloo (ON). Elle vit et travaille à Brooklyn (NY). Sa pratique s’appuie sur des allégories glanées dans l’histoire de l’art, dans ses récits intimes et dans les observations de la vie moderne afin de recréer des espaces qui défient les hiérarchies de genre. thurairajah a étudié au Nova Scotia College of Art and Design, à la Rhode Island School of Design et à la Wilfrid Laurier University. En 2018, elle a reçu une mention honorable à la compétition de peinture RBC. Ses récentes expositions incluent notamment Suspended Disbelief, Arsenal Contemporary Art (Toronto) (2021);Soothsay, Unit 17, Vancouver (2020); Migration is more momentous than ancient invasions, Kitchener-Waterloo Art Gallery; No body to talk to, Invisible Exports, New York; Downward Flower, Fourteen30, Portland (les trois en 2019); An Assembly of Shapes, Oakville Galleries (2018); Mingling with flowers panthers' eyes, The New Gallery, Calgary; Here's Looking at You, Loyal Gallery, Stockholm (les deux en 2017) et Goodbye here no matter where, 8eleven, Toronto (2016). 


Les artistes aimeraient remercier Unit 17, Christian Vistan, Jacquie Ross, Eric Lowe et le Conseil des arts du Canada.