Laurie Kang
Tanya Lukin Linklater
Lila de Magalhaes
ASMA
Nona Inescu
You Sit in a Garden
01.04–01.05.2021
Salle 1

ASMA, "Instar" (detail), 2019, Foami, résine, sable volcanique, ciment  (eau et mousse aquatique font partie de l'installation), 11" x 13" x 6 1/2". Gracieuseté de l'artiste.

ASMA, "Instar" (detail), 2019, Foami, résine, sable volcanique, ciment (eau et mousse aquatique font partie de l'installation), 11" x 13" x 6 1/2". Gracieuseté de l'artiste.

Artistes
Laurie Kang
Tanya Lukin Linklater
Lila de Magalhaes
ASMA
Nona Inescu

Cher.ère visiteur.euse,

Bienvenue dans notre cour enveloppante, ce jardin rempli de trous. Il a été aéré plus tôt : la terre retournée. Maintenant, elle repose telles de petites amulettes sur la pelouse, laissée perméable.

Vous souvenez-vous de l’endroit où ils ont fait ce souper d’anniversaire sur la terrasse du jardin ? C’est ce jardin, et ceci, cela. Mais plus handicapé, malade, et, espérons-le, plus optimiste.

En plus de réarranger les objets dans notre atelier, la plupart de nos temps libres sont divisés entre l’ordinateur qui nous fait la lecture, la recherche de matrices et de leurs repas préférés et l’organisation d’un futur jardin. Notre jardin. Où vous assoirez-vous? Où m’assoirai-je ? Que planterons-nous ? Cultiverons-nous encore à l’ombre ? Comment ce sera de s’y asseoir en avril ?

Vous vous assoyez seul parmi le feuillage qui poussera jusqu’à vous entourer, touchant chacune des feuilles. « J’espère que nous pourrons trouver un endroit pour la corde à linge de laquelle vous parlez avec affection, sur laquelle sont accrochés nos objets de famille. »

En vérifiant toutes les douces lettres du mois dernier, j’ai souhaité que l’on m’offre le cadeau de la lenteur alors que je m’allongeais au soleil et laissais tous mes cheveux tomber. Mince, pour me confondre aux branches, et laisser les feuilles pousser par-dessus.

Il faut savoir que quand ce jardin a été conçu, tôt le matin je marchais pieds nus sur un sentier de réflexologie; un sentier circulaire avec des pierres ressortant de son sol de béton.

Après avoir retiré mes chaussures et mes chaussettes, j’ai prudemment déposé un pied puis l’autre sur les pierres. Elles m’ont repoussé comme si elles essayaient de me dire quelque chose – s’offrir en cadeau à chaque os qui compose le pied. Il y en a-t-il 72 ?

Certaines pierres étaient tranchantes, d’autres douces, certaines glissantes comme des loutres. Elles ont incarné, ont fait circuler. Il y avait la rosée d’un matin d’été, et je cherchais à guérir. C’était il y a quelques années, je vais un peu mieux maintenant, mais je voulais que cette expérience en galerie se réalise pour nous, tout de même.

Je propose cet espace comme un jardin sensoriel; des petits morceaux du sentier se sont évaporés et distillés. Quand ASMA a partagé ses notes pour l’installation de son œuvre, le duo a mentionné que je devrais peut-être magasiner des algues afin de les disposer dans le bol de sa sculpture. Je ne pouvais penser à rien de plus approprié, rien de plus agréable pour une course d’après-midi. « Bien sûr, je vais m’occuper du jardin! » et l’aérer encore une fois.

——-

Chaque œuvre propose une manière de vivre, avec sa propre ontologie et je tire des notes de chacune : les peintures poreuses de Lila de Magalhaes nous invitent à demeurer ouvert.e.s et vulnérables; la « Barre » de Laurie Kang à la fois structurée et malléable rappelle une colonne charnue; Nona Inescu et Tanya Lukin Linklater suggèrent la multiplicité des significations que portent les mains et leurs gestes apparemment infinis. Ces œuvres présentent l’immense capacité du corps à développer un potentiel, à la fois pour ce qui peut nuire (maladie, infection, handicap) que pour ce qui soutient (systèmes de soin de la santé, toucher thérapeutique, technologies d’assistance).

Ici, les corps tentent d’échapper à la catégorisation, de faire s’effondrer les définitions culturellement et socialement construites de ce que doit être un corps convenable. Comment développer la dimension biopolitique ? Comment la démanteler ? Est-ce que notre participation toujours plus grande comme citoyen.enne.s numériques nous libère des luttes du corps biologique ? Un système immunitaire affaibli, un handicap, une nouvelle identité basée sur nos habitudes de navigation ? Suis-je toujours handicapé en ligne ? J’ai du mal à me glisser à travers l’écran. La peau tactile de l’image me saisit à travers l’écran, m’appelle dans ce monde sensuel où vit, en fait, ce jardin.

Le robot de Twitter l’a écrit mieux que je ne pourrais vous le dire : « Vous êtes assis dans un jardin amorphe, en général sur une clôture (…) Vous pensez lui donner un nom. »

– garden experiencebot (@gardenexperienc)

– Chris Andrews (traduction : Catherine Barnabé)

BIOS

COMMISSAIRE

Chris Andrews (né en 1994) est un commissaire et artiste qui vit et travaille à Tiohtià:ke (Montréal). Sa pratique examine la biopolitique, les matériaux, les handicaps et leur croisement avec l’animéité. Il détient un baccalauréat en critique et pratique commissariale de l’Université OCAD.

ARTISTES

Laurie Kang (née en 1985 à Toronto) détient une maîtrise de la Milton Avery School of the Arts du Bard College. Elle a exposé au SculptureCenter, à Interstate Projects, au Cue Art Foundation (New York); à Oakville Galleries (Oakville); au Power Plant, à Franz Kaka, à Cooper Cole, à Gallery TPW, et à Carl Louie (Toronto); au Remai Modern (Saskatoon); à la Galerie Antoine Ertaskiran et à L’inconnue (Montréal); au Raster Gallery (Varsovie); et à Camera Austria (Graz). Ses résidences d’artiste incluent Rupert (Vilnius); Tag Team (Bergen); Centre Banff (Alberta); Triangle Studios et Interstate Projects (Brooklyn). Kang vit et travaille à Toronto et est représentée par Franz Kaka. Elle étudie présentement la médecine chinoise en vue d’une certification en acupuncture.

Les performances muséales, les vidéos et les installations de Tanya Lukin Linklater ont été présentées au Canada et à l’international tels qu’au San Francisco Museum of Modern Art, à la Chicago Architecture Biennial 2019, au EFA Project Space + Performa (New York), à la Art Gallery of Ontario (Toronto) et au Remai Modern (Saskatoon). Tanya a étudié à la University of Alberta (maitrise en éducation) et à la Stanford University (baccalauréat en arts avec honneurs). Elle est doctorante en études culturelles à la Queen’s University (Kingston). En 2018, Tanya a été choisie comme première récipiendaire du Fonds de recherche Wanda Koop. Son prochain recueil de poésie, Slow Scrape, sera lancé à l’automne 2020 par The Centre for Expanded Poetics et Anteism. Tanya est originaire des villages autochtones Afognak et Port Lions dans le sud-ouest de l’Alaska. Elle vit et travaille à Nipissing située en territoire anichinabé dans le nord de l’Ontario.

Lila de Magalhaes (née en 1986 à Rio de Janeiro) vit et travaille à Los Angeles. Elle détient une maitrise en beaux-arts de la University of Southern California (Los Angeles, États-Unis) et un baccalauréat en arts de la Glasgow School of Art à Glasgow au Royaume-Uni. Parmi ses plus récentes expositions solos et en duo, nous pouvons citer : Palace of Errors, Deli Gallery et Motorfruit, Blood Gallery (New York, États-Unis); Cupid of Chaos, Ghebaly Gallery, A Soft Flea, Mutt. R et Remote Control, Abode (Los Angeles, États-Unis) et Exhibition (10), SPF15 (San Diego, États-Unis). Elle a également participé à de nombreuses expositions de groupe dans des lieux tels que Porch Gallery (Ojai, États-Unis); Company Gallery (New York, États-Unis); Freedman Fitzpatrick, François Ghebaly, ltd los angeles, Steve Turner et 356 Mission (Los Angeles, États-Unis); PANE Project (Milan, Italie) et Julius Caesar (Chicago, États-Unis). Elle est représentée par la Deli Gallery située à Brooklyn, New York.

ASMA (Matias Armendaris and Hanya Belia) est un duo d’artistes basé à Mexico. Les artistes détiennent une maitrise en beaux-arts de la School of the Arts Institute of Chicago et un baccalauréat en beaux-arts de la Emily Carr University of Art + Design (Vancouver) ainsi qu’un baccalauréat en beaux-arts de la Facultad de Artes y Diseño (UNAM) (Mexico, Mexique). Le duo a exposé à l’international dans des lieux tels que The Chicago Artist Coalition, A.M. 180 Gallery (Prague), Embajada (San Juan), Galería Sankovsky (São Paulo), Centro de Arte Contemporáneo de Quito, XIV Bienal de Cuenca, Diablo Rosso Gallery (ville de Panama), Galería CURRO (Guadalajara), PEANA (Monterrey) et Makeroom (Los Angeles). ASMA a reçu le prix Premio Brasil afin de réaliser une résidence à Pivô Arte e Pesquisa à São Paulo.

Nona Inescu (née en 1991 à Bucarest) a étudié au Chelsea College of Arts and Design à Londres (2009-2010), à la Royal Academy of Fine Arts à Anvers (2010-2011) et à la National University of Arts à Bucarest (département de photographie et vidéo) de laquelle elle a gradué en 2016. Sa pratique artistique est interdisciplinaire et comprend la photographie, l’objet, l’installation et la vidéo. Inescu a exposé à l’international dans des lieux tels que Tallinn Art Hall (Tallinn, Estonie); Hua International et Savvy Contemporary (Berlin, Allemagne); SpazioA (Pistoia, Italie); Künstlerhaus Bremen (Brême, Allemagne); Kunst im Tunnel (KIT) (Düsseldorf, Allemagne); Swimming Pool Projects (Sofia, Bulgarie); FRAC des Pays de la Loire (Carquefou, France); Art Encounters Biennale (Timișoara, Roumanie); Survival Kit 9 (Riga, Lettonie) et Kunstverein Nuremberg (Nuremberg, Allemagne). Sa prochaine exposition solo se déroulera à SpazioA à Pistoia en Italie en novembre 2020. Nona Inescu vit et travaille à Bucarest en Roumanie.

Le commissaire aimerait remercier le Centre CLARK, Critical Distance Centre for Curators, tou.te.s les artistes participant.e.s et The Jenna Morrison Reflexology Footpath.

Le programme de médiation culturelle 2021 du Centre CLARK, dont fait partie la présentation d’artiste de cette exposition, bénéficie du soutien d’Ubisoft, du programme Affaires/Arts et de Patrimoine canadien.