Rebecca Ramsey
A long black bough
20.03–26.04.2025
Salle 2
20.03–26.04.2025
Salle 2
The apparition of these faces in the crowd : Petals on a wet, black bough.
Rebecca Ramsey s’intéresse au phénomène de la circulation à travers une pratique sculpturale, utilisant la céramique comme vecteur d’expérimentations matérielles et conceptuelles. Qu’ils soient biologiques, énergétiques ou minéraux, les flux en mouvement permettent à l’artiste de tracer des analogies entre les organismes biologiques et les différents systèmes circulatoires du monde construit et naturel, comme l’architecture, la plomberie et le cycle géologique. Intimement liés, le corps et le bâti se servent constamment de modèles en révélant des systèmes similaires et leur rapprochement permet de comprendre des cycles plus larges de transformation et de circulation. Tiré d’un poème d’Ezra Pound, le titre de l’exposition vient souligner cette équivalence possible entre l’infrastructure urbaine et le monde naturel, entre le tunnel de métro et la longue branche noire de l’arbre.
L’exposition vient plus précisément aiguiller l’attention sur la surcharge potentielle d’un réseau de circulation — l’obstacle résistant à son essence cyclique. Chaque flux côtoie le risque de s’encombrer, portant en lui la menace d’une saturation, d’un arrêt forcé. Ce point de tension entre fluidité et entrave révèle une fragilité au cœur de ces réseaux, un chaos possible dans lequel l’énergie fondamentale du flux est parfois confrontée à elle-même.
À Rome, Rebecca Ramsey découvre le kaki, un fruit dont la texture soyeuse et solaire dissimule une menace chimique. Ingérée en grande quantité, la forte concentration de tanins dans sa peau peut provoquer la formation d’une concrétion interne minérale, une masse solide appelée un bézoard. Celui-ci se produit dans le système gastro-intestinal des mammifères lorsque des matières indigestes (par exemple, des cheveux ou des fruits non mûrs) se minéralisent avec des composantes comme le phosphate de calcium et le magnésium pour se comprimer en pierre dure. Ce phénomène insiste sur les forces de digestion biologiques et permet à l’artiste de créer une correspondance entre le corps humain et le cycle géologique. Alors que les roches sont créées à partir des forces sismiques depuis les entrailles de la terre, le corps humain détient lui aussi la capacité à former une roche au plus profond de ses réseaux internes.
En façonnant tuyaux et bézoards à partir de cette argile issue de la roche érodée, Ramsey propose de circuler dans l’exposition comme dans un métabolisme cyclique infrastructurel; un système spatialisé qui relie la maison à la ville, le corps à la roche. Entre vulnérabilité et fonctionnalité, A long black bough invite à contempler l’écoulement d’une mouvance continue.
— Joséphine Rivard
Photo : Paul Litherland