Nicolas Ranellucci
Charivari
12.03–25.04.2026
Salle 1
12.03–25.04.2026
Salle 1
Dans Charivari, Nicolas Ranellucci nous convie à un espace de flottement suspendu entre deux mondes. Témoins clandestin⸱es, nous sommes invité⸱es à fouiller l’intime et le mystérieux. Des reliques, des sculptures et des miniatures nous parlent, fulgurantes dans toutes leurs couleurs. Au cœur de l’angoisse et de l’émerveillement, il suffit de se joindre à la cacophonie, à ce qui résiste à la réalité.
Une foule s’approche de la fenêtre. D’elle émane des sons de cloche et du tapage de casseroles. L’ambiance est orageuse, mais elle demeure pourtant étonnamment cadencée. La foule arrive ainsi, extravagante. Le tapage retentit à l’aube du monde et la multitude émane sa propre lumière. Le festoiement est à son comble, ça insiste, ça bouge entre les racines et le ciel. Ça s’éblouit à la manière d’un enfant et ça fait du vacarme dans la mêlée. La foule persiste à s’avancer, son ravissement résonnant avec plus de force. Ce chahut perce la quiétude nocturne tandis que des rires et des clameurs jaillissent de partout. Un tressaillement se fait sentir, le sol murmure des sons. La menace est calme et le plaisir est bruyant.
À l’origine de l’origine, le tintamarre n’est qu’un murmure tandis qu’il se rapproche d’une famille qui se met à table. Il y a un petit garçon qui porte des souliers à talons pour attirer l’attention. Une fillette s’amuse à faire des sculptures en mie de pain. La mère porte de faux diamants et des souliers en forme de crocodile. Un père se redresse tel un roi déchu, il se porte à la défense du plat qu’il a cuisiné. Sa famille ne souhaite pas l’écouter. Une fête se trame, l’écho se fait entendre dans la pièce. Les enfants interrogent l’extérieur, ce qui se passe de l’autre côté des murs. Tous⸱tes deux font fleurir leurs oreilles tandis que le boucan leur parvient de plus en plus fort. La mère les encourage à questionner l’ordre des choses, elle se range de leur côté tandis que le père se plaint d’une telle curiosité pour l’ailleurs. Il déplore les ombres qui s’avancent autour de la maison, raconte qu’il faut être malheureux⸱se pour risquer sa mort ou sa vie. La mère insiste, mieux vaut rejoindre la populace, mieux vaut s’efforcer de regarder l’amour dans le mille.
Le père se maintient porteur de l’indifférence face au bruit du monde, et tombe dans la pourriture de l’arbre. Une petite famille de mésanges s’envole au-dessus de la terre mouillée, et un oisillon meurt dans le limon. Dehors, le bruit se métamorphose hors du soleil, le tumulte monte à la tête et les silhouettes dansent parmi le craquement des étoiles. Les langues fuguent des corps, ça crie, ça chante, ça se démantibule dans les entrailles et ça hurle aussi fort que les oiseaux, ça se déverse dans le vent, ça s’ébranle par-dessus les lucioles. C’est qu’il faut voir et écouter les intempéries du siècle, ce qui défie le tangible et ce qui nous appelle à la révolte.
Sayaka Araniva-Yanez
Artiste latinx multidisciplinaire originaire du Salvador et établi·e à Tio’tia:ke/Montréal, Sayaka œuvre depuis plusieurs années dans les milieux de la littérature et de l’art actuel. Ancien·ne libraire-cogestionnaire à L’Euguélionne, librairie féministe et coopérative de solidarité, iel y a développé une expertise en gestion, en curation, en organisation d’événements artistiques et politiques. Critique pour Estuaire et Liberté, Sayaka est fort·e d’un engagement actif envers les communautés artistiques d’ici. Auteur·ice du recueil Je regarde de la porno quand je suis triste (Triptyque, 2024), lauréat·e du Prix des libraires du Québec 2025, Sayaka explore à travers son écriture des thèmes liés au corps, au carnavalesque et au sacré.