Annie Hémond Hotte
Panic myth
09.03–15.04.2017
Salle 1

Annie Hémond Hotte, « Choosing Heads / La Table des Décisions (détail) », Oil paint and sticks and vinyl colors on canvas, 202 x 173 cm, 2017

Annie Hémond Hotte, « Choosing Heads / La Table des Décisions (détail) », Oil paint and sticks and vinyl colors on canvas, 202 x 173 cm, 2017

Le titre choisi par Annie Hémond Hotte, Panic Myth, convient tout à fait à ce qui est représenté dans les toiles de l’artiste. S’y trouvent à la fois des récits qui mettent en scène des êtres surnaturels dont les traits représentent une certaine idéalisation d’une identité et d’une individualité par un assemblage de plusieurs types ou modèles. Le mythe prend alors forme à travers une galerie de personnages qui se construisent à partir d’une série de codes liés à la peinture, la société et l’actualité. Chaque toile devient un témoin de notre époque qui fait craindre le pire (montée de la droite, recul des acquis pour les femmes, démonisation de l’Autre, etc.). À titre d’exemple, The War of the Gods/La guerre des capitaux met en perspective le parallèle entre la perpétuelle guerre des religions – encore aujourd’hui – et le fait que l’argent mène le monde. Le tableau sous-entend que, dans l’ombre de ces conflits de valeurs, s’y trouve une soif d’or – et de pétrole – qui occulte le droit de l’homme à plusieurs égards. Dans la même ligne de pensée, The Lunatic Astronaut montre un personnage qui tente de fuir sa situation quotidienne vers un ailleurs meilleur en déménageant sur une autre planète.

Les œuvres évoquent aussi un questionnement sur ce que représente la peinture en 2017. Quels sont les sujets à traiter? Quelles références mettre de l’avant? Comment aborder ce médium qui persiste et signe en cette ère du numérique et de l’internet? Ces quelques questions sont au cœur du travail d’Annie Hémond Hotte. Pour ce faire, elle cherche les symboles qui promeuvent tous les clichés de la peinture pour les utiliser comme un vaste catalogue de signes à reproduire. En fait, l’artiste fixe ce qui caractérise un mouvement pictural et joue sur ces références (constructivisme/Bauhaus, modernisme et expressionnisme avec une touche d’ironie) non pour en faire une critique, mais bien pour en extraire les éléments les plus emblématiques. Dans certaines toiles, les personnages possèdent leur propre identité et présentent des événements ou phénomènes actuels qui réfèrent à l’histoire de la peinture. C’est le cas de Shaman Selfie/Les constructivistes qui est un clin d’œil autant au phénomène des égoportraits qu’à la recherche du motif le plus représentatif de ce mouvement artistique.

L’artiste qualifie son travail pictural de slapstick-ism en ce sens qu’elle représente avec humour des situations de manière exagérée autant dans ses sujets que dans sa façon de les rendre. Son traitement parfois – ou quasi – caricatural entraîne la peinture du côté du grotesque. Avec Choosing Heads/La table des décisions, l’artiste questionne l’idée de construction identitaire par la création d’avatars, phénomène actuel qui existe dans les réseaux sociaux. Elle met aussi en lumière les récentes élections américaines – divisées – laissant le monde entier anxieux des répercussions à venir. Par exemple, comment un individu peut-il agir ou comprendre ses propres droits alors qu’il doit vivre avec des décisions politiques qui vont à l’encontre de ses propres valeurs? Ainsi, si l’artiste se questionne sur le rôle de la peinture aujourd’hui, il semble évident que le médium peut encore saisir dans la matière ce qui préoccupe une bonne partie de la société actuelle.

– Manon Tourigny