Florence Viau
Rémanences
07.05–20.06.2026
Salle 1

Vernissage
Jeudi 7 mai, 18h

Artiste
Florence Viau

C’est la plus vieille image lumineuse de l’Univers. Avant elle, l’opacité régnait sur tout. Un plasma brûlant composé de particules denses – photons, électrons et baryons – produisait une blancheur uniforme, semblable à celle d’un brouillard épais d’où les photons ne pouvaient s’échapper. Mais voilà qu’environ 380 000 ans après le Big Bang, l’expansion de l’Univers entraîne également son refroidissement. Cette baisse de la température permet la recombinaison dont naissent les atomes d’hydrogène. Les photons libérés circulent désormais de manière homogène. Ils vont dans toutes les directions sans émaner d’une source précise. Ils traversent le temps et l’espace et, encore aujourd’hui, ils nous entourent. C’est la première époque visible.

Dans Rémanences, le fond diffus cosmologique sert de trame conceptuelle à une expérience de perception où la lumière constitue à la fois un sujet et un moyen. Après avoir exploré dans une série d’œuvres l’attrait des feux d’artifice, Florence Viau tourne maintenant son attention vers un rayonnement aussi mystérieux qu’ancien. Composé de micro-ondes, celui-ci échappe à l’œil nu, mais les instruments d’observation modernes révèlent sa présence immuable. Il hante chaque moment de notre existence, bien qu’il se soustraie la plupart du temps à notre conscience.

Dans la salle d’exposition, des tours de télécommunication s’élancent vers le ciel. Au mur, un grand bas-relief ovale s’apparente à une carte, une planète ou une pierre dont les éclats suggèrent des traces fossilisées. Une gradation colorée inspirée de l’incandescence teinte l’atmosphère, allant d’un blanc chaud à la pénombre, en passant par un rouge orangé. Tous ces éléments évoquent différents modes de transmission des images. Ils constituent des tentatives diverses de rendre tangible leur présence autour de nous et en nous. Certains fonctionnent comme des leurres, d’autres comme des indices radieux à déchiffrer. Ils instaurent une tension subtile entre ce qui est là et ce qui ne l’est pas, entre ce qui se voit et ce qui reste imperceptible, entre les certitudes et les intuitions vagues.

Le fond diffus cosmologique correspond au moment où l’Univers est devenu transparent. Dans le domaine de l’optique, la transparence qualifie la propriété de matériaux qui laissent passer la lumière sans entrave, tandis qu’au sens figuré, elle invoque la vérité et constitue l’une des valeurs cardinales de la modernité. Or, ici, rien ne s’offre clairement à la contemplation. Tout comme le Big Bang représente un modèle explicatif des débuts de l’Univers largement accepté, mais qui ne peut se vérifier entièrement, Rémanences diffuse des lueurs de compréhension.

— Josianne Poirier


Josianne Poirier est historienne de l’art, autrice et commissaire indépendante, se spécialisant dans les enjeux qui concernent le paysage nocturne, l’art dans les espaces publics et les formes du vivre-ensemble, incluant le vivant plus-qu’humain. Elle a publié Montréal fantasmagorique. Ou la part d’ombre des animations lumineuses urbaines (Lux Éditeur, 2022), un essai salué par la critique. Réalisé en collaboration avec Julie Bélisle, son plus récent projet de commissariat, Un monde en commun (Fondation Grantham et Biosphère, 2026) explore la notion d’hospitalité étendue aux territoires et à tous les vivants qui y cohabitent. Josianne Poirier détient une maîtrise en études urbaines (INRS) et un doctorat en histoire de l’art (UdeM).


L’artiste tient à remercier l’équipe du Centre CLARK, de l’Atelier CLARK et de l’atelier AuNiveau pour leur soutien ainsi qu’à Josianne Poirier pour ses mots imagés, Laurent Le Bel-Roux, Mathias Madelein, Juan Ortiz-Apuy et Rémi Boucher.

Rémanences constitue un projet d’exposition de maîtrise en sculpture et céramique de l’Université Concordia, soutenue par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC).