Alyssa Alikpala
second site
09.05–14.06.2025
Salle 2

Vernissage
Vendredi 9 mai, 18h

Discussion
Samedi 10 mai, 15h

Artiste
Alyssa Alikpala

L’installation second site d’Alyssa Alikpala est une composition in situ, dont les éléments sont issus de matériaux propres à des lieux précis. Recontextualisées et représentées, les œuvres d’Alikpala sont à la fois trace et présence, preuve et mémoire, impression et révélation.

Ici, Alikpala agit comme une gardienne de la mémoire. Elle documente les marques et éraflures — les empreintes laissées au fil du temps par les corps et le labeur humains— sur le sol de son atelier. Elle traduit les vestiges de projets passés en matériaux durables. Elle immortalise les frontières intérieures de son espace de travail, aplatissant l’angle droit où le mur rencontre le sol, capturant ainsi la discrète ligne de séparation qui les unit. Alikpala recueille le résidu et l’essence par le biais du frottement, de l’empreinte, du moulage au sable et d’autres procédés relevant de l’estampe, des archives et du façonnage pour transférer ces traces vers une étude plus approfondie. 

Comme pour toute traduction, les œuvres d’Alikpala comportent des ellipses, des ajouts, des interprétations et des libertés. À mesure que les surfaces texturées sont reproduites, certaines fissures délicates sont exagérées, d’autres sont lissées. Des artefacts — de minuscules débris — sont également mis en relief, ébranlant la véracité de la représentation, suscitant intérêt et curiosité. Alikpala préserve ce qui est habituellement écarté en raison de son insignifiance. Les objets qui en résultent deviennent alors une nouvelle étape dans une séquence continue d’actions, de productions, de réactions et de perturbations.

D’autres éléments de l’installation proviennent de la flore locale rencontrée par Alikpala lors de ses déambulations le long d’une voie urbaine verte dans l’ouest de Toronto — en perpétuelle mutation. Des espèces non indigènes bordent les clôtures de chantier. Ces œuvres ne traitent pas tant de mémoire ou de préservation que de l’implication et de la collaboration d’Alikpala avec les écologies qui l’entourent : les matériaux de construction, la présence végétale et le paysage urbain changeant qui accompagne l’artiste durant ses trajets.

Alors que le travail d’Alikpala peut être perçu comme un témoignage des transformations à travers le temps, il peut également être appréhendé comme une réponse à l’appel incessante de la reproduction répétée et du renouvellement perpétuel. Les collectes de l’artiste sont des témoignages de présences et d’événements ; ses documentations, une incitation à envisager l’espace selon une logique quantique, où coexistent simultanément des réalités multiples.

— Nehal El-Hadi