Azza El Siddique
Solar Evocation
31.03–30.04.2022
Salle 1
31.03–30.04.2022
Salle 1
Dans l’Égypte ancienne, Osiris était vénéré et craint en tant que juge des morts et souverain de l’au-delà. Il était aussi le dieu de la fertilité et de l’agriculture. La Terre et ses cycles sans fin de croissance et de déclin était son domaine, portant ainsi la responsabilité de la vie et de la mort.
Pour son exposition au Centre CLARK, Azza El Siddique s’inspire du Livre des deux chemins, une série de représentations graphiques du monde de l’au-delà de l’Égypte ancienne contenues dans des sarcophages de la nécropole de Deir El Bersha datant de 3100 avant notre ère. Il s’agit du plus ancien exemple de carte de l’au-delà; empire d’Osiris. Une grande installation au centre de la galerie rappelle la forme d’un site de fouilles. Sa surface est recouverte de vases, aussi dispersés sur le plancher de la salle. Ils semblent fondre dans le sol, abandonnant leur présence à la structure géométrique comme un témoignage de l’enchevêtrement de toutes les choses présentes sur Terre. Ou peut-être qu’ils émergent, comme s’ils avaient tout juste été déterrés; le passé refait surface pour livrer un message provenant d’une ancienne civilisation.
El Siddique s’est toujours intéressée au riche champ sémiotique de la Terre – en s’efforçant de susciter des réflexions pertinentes à propos de notre relation au sol que nous foulons : son lien avec le passé de l’humanité et sa promesse de destination finale, mais aussi son germe de vie persistant et sa culture favorable. Le sol est sacré ; il porte la vie et la mort dans une coexistence perpétuelle. Il offre aussi un matériau malléable pour donner forme aux idées, promettant de se plier aux significations infinies. Quoi de mieux pour aborder le cycle de la vie que ce qui noue le début et la fin de l’existence.
L’installation centrale d’Azza El Siddique est accompagnée d’un texte projeté inspiré du Livre des deux chemins que l’artiste a complètement retravaillé pour le faire sien. Les mots coulent doucement dans la pièce comme une rivière sereine. Le texte qui traverse la galerie nous rappelle un fil de nouvelles incessant, la façon dont les événements planétaires sont traduits en mots afin d’être compris, digérés, pleurés.
Les mots possèdent un pouvoir semblable à celui d’un liquide. Tout comme l’eau, ils peuvent détruire ou nourrir. Il n’y a pas deux voix qui soient pareilles, deux styles d’écritures qui soient identiques, pourtant le langage n’existe pas uniquement au niveau individuel, il est aussi collectif, partagé. Dans l’exposition d’El Siddique le langage est ambigu. Il existe d’abord et avant tout comme un matériau. Tout comme les vases dispersés, il apparait et se dissout à la fois. Cependant, alors que les objets d’argile demeurent intacts, le langage doit être activé pour opérer sa magie. Dans sa régénération perpétuelle, le langage demeure résolument fluide. En ce sens, solar evocation s’appuie subtilement sur les tensions entre entropie et communication afin d’exprimer l’unité des domaines matériel et spirituel.
– Anaïs Castro (traduction par Catherine Barnabé)
L’artiste aimerait remercier le Conseil des arts du Canada.