Kapwani Kiwanga
Strata
11.01–17.02.2018
Salle 1

Kapwani Kiwanga, Strata (Technicolor), 2016. Vidéo couleur et son. Gracieuseté de l’artiste, Galerie Tanja Wagner, Berlin.

Kapwani Kiwanga, Strata (Technicolor), 2016. Vidéo couleur et son. Gracieuseté de l’artiste, Galerie Tanja Wagner, Berlin.

Artiste
Kapwani Kiwanga

Bien que ses fictions spéculatives soient souvent futuristes, Kapwani Kiwanga est néanmoins préoccupée par le passé. Née à Hamilton et basée à Paris, l’artiste a une pratique qui se définit à travers ses recherches en histoire, en anthropologie (un sujet qu’elle a étudié à l’Université McGill), et en mythologie. Elle tisse habilement la vérité et la fiction afin de créer des récits qui se déploient souvent à partir de perspectives multiples.

Avec son ascendance multiculturelle et son histoire transnationale, il n’est pas étonnant que Kapwani Kiwanga aborde des questions en trait à la géographie. À l’occasion de sa première exposition individuelle à Montréal, au Centre CLARK, elle présente une installation multi-canaux intitulée Strata (Technicolor)(2016). Trois grandes projections d’images diapositives – un gâteau, un fossile et un stylo posé contre une formation rocheuse – offrent une parfaite introduction, mise en contexte par la projection vidéo. Cependant, on pourrait également dire que ce sont les images fixes qui offrent le contexte, puisque la vidéo est dans l’ensemble presque complètement sombre. Structuré comme une pièce de théâtre divisée en actes et en scènes, ce récit guidé par une voix féminine (celle de l’artiste) est axé autour de quatre personnages principaux : li Géologue à la recherche d’un présumé tunnel sous-marin reliant les continents européen et africain, dans le détroit de Gibraltar; li Boulangér minutieuxe et précixe dans sa confection d’un délicieux gâteau à étages; li Marin, qui songe aux mythes et aux légendes de ceuxes qui ont navigué sur ces mers; et enfin, le Fossile orphelin qui se demande d’où il vient. Dans le récit, ces quatre protagonistes évoluent comme des plaques tectoniques, indépendanx tout en se déplaçant de manière contiguë – se rapprochant ou s’éloignant. Ce quatuor est néanmoins uni par un intérêt partagé pour la façon dont les choses en viennent à s’influencer mutuellement, et pour l’alchimie : l’air qui change la pâte en gâteau moelleux, le temps qui transforme graduellement le coquillage fossilisé d’une créature marine éteinte en pierre luminescente éclairant un passage souterrain entre l’Espagne et le Maroc, ou alors les légendes des sorciérs d’eau, qui ont le pouvoir d’influencer les vents et les mers.

Dans la dernière partie de la vidéo, des lumières scintillantes multicolores semblent révéler des images de stalactites et de stalagmites captées dans une caverne au Gibraltar – transportant les spectateuxe vers cet « afrotunnel » hypothétique, que li Géologue de l’histoire ne trouve jamais. La trajectoire narrative de Kiwanga, qui réunit des éléments factuels et fictifs, met en relation les diverses manières dont notre Histoire a été inscrite à même notre paysage, qui à son tour se manifeste à travers nos histoires. Elle nous montre les changements – littéraux et métaphoriques – géotemporels et géospatiaux en cours. Et quoi de mieux que cette métaphore du Fossile orphelin, une trace tangible d’une possible « étreinte continentale ».

– Anaïs Castro

L’artiste aimerait remercier le Centre national des arts plastiques (CNAP) pour leur soutien à la recherche.