Yechel Gagnon
CORE/PREMIÈRE MATIÈRE
18.11–19.12.1999

Artiste
Yechel Gagnon

La proposition in situ que nous présente Yechel Gagnon constitue un travail tout à fait indiqué dans le continuum d’une démarche prenant en charge les accidents de parcours et l’apparition du hasard qui en résulte. En utilisant le contre-plaqué comme matériau, elle réalisait récemment des tableaux de différents formats qui laissaient voir la trace des outils mécanisés ayant servi à leur représentation. Ainsi, à l’aide de gouge, de toupie électrique, de chalumeau, elle a créé plusieurs bas-reliefs mettant en valeur à la fois les qualités de ce bois industriel tout en misant sur la manifestation potentielle d’un rendu pictural. En effet, de par sa composition, ce matériau foisonne de marques, de nœuds, de nuances colorées à partir desquels Gagnon a su mettre en valeur non seulement leur matérialité mais aussi la présence d’une dichotomie entre l’apparition de l’aspect naturel du bois et son procédé mécanique montrant à voir la fabrication artificielle du contre-plaqué.

C’est donc à partir de certaines résultantes de ce processus qu’elle nous livre cette fois-ci une installation dont la fabrication et l’épuration des formes créent presque un anti-travail. Trois pièces, d’aspect monolithique, s’érigent à partir de particules provenant de la manipulation et de la déconstruction du matériau. La référence au produit manufacturé demeure dans la mesure où l’artiste en a conservé les dimensions standards. Cette attitude relevant d’un retrait volontaire joue sur le mince écart qui existe parfois entre la présence de l’objet et ce qu’évoque le matériau lui-même. La sciure du bois devient l’égal de ce qui reste à construire; ce recyclage est la récupération du résidu d’un anti-travail qui en fait en devient un. C’est un chemin à rebours qui produit une rencontre fortuite.

Sonia Pelletier