André Willot
LA PROXIMITÉ DE DÉJÀ VU
09.10–09.11.1997

Artiste
André Willot

C’est à une sorte d’enquête dont la prémisse serait peut-être « Que s’est il passé? » que nous convie André Willot, à une mystérieuse affaire dont le théâtre des opérations se doit d’être parcouru et scruté afin que puisse être révélée l’inscription d’une réalité mise en suspens, mise en suspense, mise en attente. Relevant d’une sorte de classicisme, la mise en scène des objets induit derrière une installation délibérément objectivante, un symbolisme réticulaire faisant affleurer jusqu’à son derme matériel, l’image affective d’une vérité organique. Le tenant à partie comme témoin, le dispositif renvoi et s’adresse périodiquement au spectateur comme à un personnage de la fiction. Celle-ci dont il convient de démêler les composantes s’établit comme le récit des données immédiates de la perception où le doute est probable et indiqué, où la surface réflexive d’un objet nous incorpore à lui et l’efface, où une image sous ses pellicules de verre et de plastique exige pour en recevoir les signes que soient redéfinie et redistribuée la matière et sa représentation. Il s’agit dans la promiscuité du déjà vu rendu mystérieux par la fascination matérielle à l’œuvre d’en retrouver la proximité, l’intimité, de capter l’exposé d’un moment de tension où l’effet de saisissement, l’effet de syncope est aussi une évaluation des distances, des durées, des affects et des sens, où le déjà vu pose l’actualité du moment de réception, du déjà vécu. Nous avons affaire à la scénographie furtive d’un instant qui dans son apparente objectivité laisse filtrer le sensible: un entrefilet d’humour qu’on reconnaît de Willot, qui cette fois se teinte de noir. Ne sommes nous pas en pleine série noire?

Patrice Duhamel