Chuck Sands
LIVING ROOM
09.10–09.11.1997
09.10–09.11.1997
Artiste
Chuck Sands
Chuck Sands soumet à l’expérimentation de nos sens, l’espace d’une chambre. Il en développe et précise les atmosphères, les ambiances, les éclairages mais y introduit aussi l’étrangeté. Cette chambre apparaît elle-même comme étrangère au principe du living room qui se pose dans nos cultures comme lieu de quiétude, lieu d’une intériorité peut-être familiale ou réflexive. Il s’agit d’un espace qu’affecte la délimitation de son univers extérieur. Il nous faut visualiser l’horizon d’une forêt dont les abords imaginaires dessineraient l’aire de repos d’une mythique cabane au Canada. Cette surface qu’investit Sands fonctionne comme un aménagement paysager au sein d’un aménagement d’intérieur. Elle est hérissée d’une collectivité de formes dont l’apparente inertie ne vaut que pour rappeler leur vie potentielle: tronc d’arbres réformés en billots quasi sphériques posés au sol dans un trompeur abandon. Il n’est pas vain d’évoquer au passage la référence au canard de bois: objet séduisant qui sert à tromper, à chasser mais pouvant se retrouver sur le rebord de la fenêtre d’un salon, précisément. Ce living room est peut-être une « pièce vivante » occupée par des matières mortes promettant de se relever, par des matières d’usage courant telle la laine d’acier pouvant devenir réfractaire, menaçant de renverser ironiquement la loi du confort. Les objets installés tiennent compte de la notion de croissance: comment le bois travaille par lui-même, enfle, se strie (temporalité particulière, elle-même calme). Il importe en laissant s’inscrire le narratif à même le formel, d’entretenir des liens avec les œuvres antérieures par exemple Projection où la représentation de l’animal trophée est soumise à de radicales contraintes d’abstraction qui s’éloigne du totémique, du symbolique mais où il demeure possible d’expérimenter un état brut des choses sous la finition de l’objet. Ceci constituant en dernière instance la curieuse mais fascinante manière par laquelle Sands nous donne l’écho d’une chambre.
Patrice Duhamel