Robert Dufour
PETITE GALERIE DE PORTRAITS
06.10–30.10.1994

Composition : Le gai savoir, acrylique et collage sur bois, 104X170cm, 1994.

Composition : Le gai savoir, acrylique et collage sur bois, 104X170cm, 1994.

Artiste
Robert Dufour

Quel intérêt peut bien présenter, aujourd’hui, le fait de vouloir peindre des figures telles que celles de Nietzsche, de Mahler ou de Freud? Leurs représentations photographiques nous sont devenues depuis longtemps presque familières. Elles exercent pourtant sur moi une fascination persistante. Comme on le sait, chacun de ces personnages a décrit, en son temps et dans leur discipline respective, les bases de systèmes, de structures et de références qui ont, depuis, fait école.

D’une façon intuitive, presque accidentelle, mon travail s’est modifié, ma pensée s’est modelée au contact de ces univers personnels et puissants. Nietzsche m’a conforté dans mon désir de renversement des valeurs. L’univers lyrique, voire romantique de Mahler m’a poussé à envisager avec plus d’acuité les notions de texture et de rythmique et, dans un autre d’idées, à approcher le dramatique et le pathos. Freud m’a suggéré l’idée, avec son étiologie des névroses, que la peinture, en cette fin de siècle, n’est peut-être que la matérialisation d’un périeux “conflit intérieur”.

Mon travail, avec ses lents processus d’élaboration, de recensement et de répartition de la matière (pigments, papier peints, tissus, cartons, bois, etc…), de réévaluation des règles de la représentation est, finalement, le résultat d’une introjection extirpée laborieusement.

Chaque étape de ce processus d’extirpation est, d’une façon indéniable, colorée par ces informations que m’ont “léguées”, pêle-mêle, ces penseurs. Peut-être devrais-je ici mentionner d’autres noms: Baudelaire, Bachelard, Coltrane, Baudrillard, Mann, Bach, Fellini, Bresson, Bergman, Musil, etc… Cette liste pourrait s’étirer “ad libitum”, mais il me serait parfois difficile d’évaluer l’impact de ces “pensées” originales sur ma manière de comprendre et de mettre en forme une image.

Ironiquement, tout ce travail de détournement, de métamorphose et de distorsion qui s’opère dans ma peinture, laissera-t-il encore le privilège au regardeur de saisir cette aura que semble nimbée la représentation de ces personnages?