Nathalie Caron
LES ÉPERLANS, LES AU REVOIRS
04.09–05.10.1997

Artiste
Nathalie Caron

Travelling. Tout l’appareil de prise de vue peut se déplacer: à main, sur chariot, en auto, en bateau, en hélicoptère, en avion; la caméra voyage (to travel)

Panoramique sur le 7ième art, p. 91

Il se reflète dans le travail de Nathalie Caron un profond attachement pour la poésie. Il s’agit de celle des événements simples qui révèle l’activité psychique et qui exerce sur le quotidien un processus de fabulation. L’étymologie de poésie renvoi au faire. Il faut parler d’ouvrage et l’entendre au sens plein, c’est-à-dire d’après la méticulosité d’un travail de broderie et de reliure qui sillonnant le photographique comme autant de territoires, les façonne en une sorte de livre ouvert. Ces ouvrages sont donnés comme les cartes constellées, ourlées d’un parcours psychique. Au travers la mise en forme et en espace d’un rapport entre les mots et les images, ils cherchent à répandre le trajet au sein d’un tableau, ils nous convient à le lire. Avec Les éperlans, les au revoir on assiste cependant à la disparition des mots. La couture détournée de sa fonction ornementale traduit par son phrasé le résiduel de l’écriture, elle devient le corps même du texte. Elle bifurque vers une fonction narrative en reprisant les contours de petites photos incrustées dans de larges panoramiques colorés produisant des appliqués, des vignettes qui jouent sur l’intime (miniatures photographiques et petit point) en regard de l’intimité des espaces et des figures représentées. Un jeu sensible se fait aussi entre la faible définition du piqué photographique, (les moyens matériels de l’oeuvre recourant à l’appareil jetable panoramique relatent également le quotidien) et celui net et phraséologique du point de couture. C’est d’ailleurs dans cette perspective d’infime-intime que d’autres œuvres comme Voeux, permettent de lier le processus d’estompement graduel des mots, des caractères, à celui des signes. Ceux-ci ne sont bientôt que ponctuation d’une parole filigrane, points de suspension, sans qu’ils n’aient cependant trait à l’imperceptible. Ce murmure qui est peut-être le vrai parler poétique, s’entend comme une ritournelle alors que ce lent voyage, ce patient ouvrage nous sont contés.

Patrice Duhamel, aoùt 1997