Commissaire: eunice bélidor
Stina Baudin
Paul Maheke
Valediction
09.05–14.06.2025
Salle 1

Vernissage
Vendredi 9 mai, 18h

Discussion
Samedi 10 mai, 15h

Artistes
Commissaire: eunice bélidor
Stina Baudin
Paul Maheke

L’expression « valediction » se traduit par discours d’adieu ou clôture complémentaire. Il s’agit d’une phrase qui conclut une lettre d’au revoir. Méritant sa propre ligne entre le corps de la lettre et la signature, la valediction est un espace ambiant teinté d’affect, entre le « bien à toi » aride jusqu’au dévouement ardent du « je t’aime à la folie ». La valediction décrit l’état de l’auteur·e de la lettre — l’esprit dans lequel celle-ci a été écrite — ainsi que la façon dont elle se doit d’être rétroactivement lue. Bien que la signature conclue la lettre, la valediction, en nommant un affect, amorce le jeu d’attente d’une potentielle réciprocité. La valediction situe l’auteur·e dans un lieu écrit ; un port d’attache et d’intimité. Lae correspondant·e, à la lecture de la lettre, se retrouve à son tour dans un espace édifié de mots sensibles.

Dans l’exposition Valediction présentée au Centre CLARK, les artistes Stina Baudin et Paul Maheke tissent l’affect. Leurs œuvres respectives nouent des histoires et des mouvements à travers le temps. Avec leur pensée émancipatrice, Baudin et Maheke prennent chacun·e en considération des données et des réseaux pour façonner des imaginaires collectifs intimes, remettant en question l’identité, la mémoire et les récits traditionnels. 

La sculpture Listen to your ancestors, they all have answers (2023) de Stina Baudin représente les modèles internes de messages codés. La conceptualisation de ce tissage lui est venue au paroxysme de la pandémie, confrontée à la complexité des émotions qu’elle ressentait face à ce qui arrivait à la vie des personnes Noires ici et là dans le monde. Les récits présentés — qu’elle compare à des données — lui offraient que peu de répit et de réconfort devant la violence, la perte, la fragilité mentale et la douleur. Se servant de son métier à tisser, Baudin a tenté de calculer ces informations afin de trouver des réponses aux problèmes d’être une personne Noire dans une Matrice systématiquement oppressante. Dans Data Studies 1.1 (2021-2024), l’artiste ficelle, à partir de données statistiques, les parcours migratoires de canadien·nes afro-caribéen·nes. Ainsi, elle explore les moyens de re-déconstruire des archives noires — trop souvent limitées dans leur interprétation — pour bâtir des espaces de connaissances culturelles noires.

Paul Maheke s’intéresse à ce qui échafaude les imaginaires collectifs et la manière dont s’érigent les archétypes qui définissent notre rapport à l’altérité. Sa série de dessins Ancestral Musings (2023) met de l’avant des questions sur l’histoire, la visibilité et la représentation. Au moyen de son tracé, il considère l’acte de dessiner comme un processus d’émergence. Par des lignes délicates et complexes, des muses ancestrales apparaissent sur le papier. Maheke, dont la pratique inclut entre autres la danse et la poésie, mêle ces éléments afin d’explorer l’aspect expérientiel du corps dans l’espace, ainsi que la manière dont il peut servir d’archives de l’histoire et d’expériences personnelles.

Au moyen de différents outils de communication et de méthodes incarnées d’archivages de données informatives imprégnant leurs œuvres de réciprocité, Stina Baudin et Paul Maheke, à qui nous avons encore et toujours envie de répondre avec affection, signent la valédiction d’une missive profonde et puissante. 

— eunice bélidor, commissaire